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  Salomon  (1016-976) 

Sévérité et justice de Salomon

Translation de l'arche

Salomon avait vingt ans quand il monta sur le trône. Une coalition s'était formée contre lui entre son frère Adonias, le grand prêtre Abiathar et Joab, le général de ses armées. Adonias osa même lui faire demander la main de la dernière épouse de David, Abisag la Sunamite. Des mesures sévères prévinrent l'exécution du complot. Adonias et Joab furent mis à mort et Abiathar envoyé en exil. Sadoc obtint la grande sacrificature, qui rentra par lui dans la maison d'Eléazar; Banaïas eut le commandement de l'armée. C'était lui qui avait tué Joab au pied même de l'autel; ce fut lui encore qui accomplit sur Séméi la sentence portée par David.

Le nouveau roi venait d'affermir son règne par des supplices; pour l'appuyer sur des alliances, il épousa la fille du Pharaon d'Egypte; pour le consacrer par la religion, il se rendit à Gabaon, le plus considérable des hauts lieux sur lesquels on avait jusqu'alors sacrifié dans Israël, et il y offrit mille holocaustes au Seigneur. Sa piété ne resta pas sans récompense : pendant la nuit, l'Eternel lui apparut en songe et lui dit : "Demande ce que tu veux et je te le donnerai. - Seigneur", répondit-il, "je ne suis encore qu'un enfant qui ne sait de quelle manière il doit se conduire; donne à ton serviteur un coeur docile afin qu'il puisse juger ton peuple et discerner le bien d'avec le mal." La voix divine reprit alors : "J'ai déjà fait ce que tu m'as demandé, je t'ai donné un coeur plein de sagesse et d'intelligence; je te donnerai encore ce que tu n'as pas demandé, les richesses et la gloire, et si tu marches dans mes voies ainsi que ton père, Je prolongerai tes jours." Salomon, à son réveil, pensa longtemps au songe qu'il avait eu; il revint à Jérusalem, se présenta devant l'arche d'alliance, offrit des holocaustes et des victimes pacifiques, et fit un grand festin à tous ses serviteurs.

Alors deux femmes de mauvaise vie vinrent le trouver et lui demander justice. Elles demeuraient dans la même maison, dans la même chambre, et avaient eu presqu'au même jour chacune un enfant. Pendant la nuit, par accident, l'une d'elles étouffa son fils et l'alla mettre aussitôt à la place de l'autre enfant. La mère de celui-ci, s'étant levée dès le matin, trouva près d'elle un cadavre, et, le considérant avec attention au grand jour, elle reconnut que ce n'était pas celui de son fils. Alors elle accusa la femme qui demeurait avec elle, et toutes deux se rendirent auprès du roi. Il était difficile de juger un pareil différend, où nul témoin ne venait déposer; Salomon, rempli de la sagesse divine, dit aux gardes : "Qu'on coupe en deux l'enfant vivant, et qu'on en donne une moitié à chacune de ces femmes." Mais la vraie mère, sentant ses entrailles émues de tendresse, s'écria avec larmes : "Seigneur, donnez-lui l'enfant, je vous supplie, ne le tuez point." Voici la mère, dit Salomon; qu'on lui rende son fils. Israël fut touché d'une crainte respectueuse pour son roi, en voyant que la sagesse de Dieu éclairait ses jugements.

Puissance et richesse de Salomon

Avec la sagesse, Dieu lui avait promis la gloire et la puissance : il eut l'une et l'autre. Maître paisible des vastes contrées que David avait conquises, depuis l'Euphrate jusqu'au pays des Philistins et jusqu'au torrent d'Egypte, son nom était respecté et craint. Les présents et les tributs de toutes les nations soumises lui permettaient de déployer une magnificence jusqu'alors inconnue dans Israël, sans que ce peuple en fût foulé, car un ordre sévère était établi dans tout le pays, divisé en douze provinces dont "chacune fournissait tour à tour, pendant un mois, les choses nécessaires".

L'alliance avec Hiram, roi de Tyr, et la vue des immenses richesses que le commerce accumulait dans les villes de Phénicie avaient porté les Juifs à suivre l'exemple de leurs voisins. Aux ports d'Elath et d'Asiongaber qu'il possédait à l'extrémité de l'Idumée, sur la mer Rouge, Salomon fit construire une flotte qui, sous la direction de pilotes tyriens, -alla chercher à Ophir la poudre d'or, les parfums, des bois rares et des pierres précieuses. Le roi, au nom de qui se faisaient ces voyages, amassa ainsi de tels trésors "qu'en ce temps-là", dit l'Ecriture, "à Jérusalem l'or et l'argent étaient devenus aussi communs que les pierres, et les cèdres du Liban autant que les arbres des champs1."

1. Suivant l'Ecriture, Salomon recevait annuellement 666 talents d'or. Rois, III, X, 14.

Construction du temple

Translation de l'arche

"Ces richesses permirent à Salomon de construire enfin le temple, double symbole de l'unité religieuse et politique. Hiram, l'ami du fils comme il avait été celui du père1, reçut chaque année 20000 mesures de froment et 20000 mesures d'huile pure; en échange il fournit des ouvriers habiles, avec tous les bois et tous les matériaux nécessaires. Telles étaient la grandeur de l'ouvrage et l'activité du prince qu'il envoya au Liban jusqu'à soixante-dix mille hommes pour porter les fardeaux et quatre-vingt mille pour tailler les pierres sur la montagne, Trois mille six cents surveillants dirigeaient les travailleurs.

Le second jour du second mois de la quatrième année de son règne, quatre cent quatre-vingts ans après la sortie d'Egypte, Salomon jeta les fondements du temple sur la colline de Moria; on mit sept ans et six mois à le bâtir. Il paraît qu'on doit se représenter ce temple comme un vaste édifice enclos de murailles2, en partie fermé de toitures, en partie découvert; deux murs bien plus élevés l'un que l'autre, le long desquels régnaient des galeries soutenues par des colonnes, formaient les deux parvis extérieurs; de ces esplanades on entrait toujours en montant dans le parvis des femmes, ainsi nommé parce qu'elles ne passaient pas plus loin; de celui-ci, en montant encore, on se trouvait dans le parvis des Israélites, et dans celui des sacrificateurs, où s'élevait l'immense autel des holocaustes, construit en pierres non taillées avec ses degrés et ses rampes, la mer d'airain, vase énorme porté sur douze figures de boeufs et pouvant contenir 3000 baths, et dix cuves d'airain plus petites dans lesquelles on lavait les chairs des victimes. Ces divers parvis avaient tous sur les côtés, ou vers les coins, des appartements, des salles, des magasins, à l'usage des prêtres et des fidèles et servant aux apprêts du culte, à la garde des choses saintes, à la vente des offrandes ou des victimes; au-delà de l'autel des holocaustes commençait le temple proprement dit, couvert d'une toiture plane, et précédé d'un large portique ouvert, décoré de deux colonnes d'airain creuses et enrichies d'ornements ciselés. Cette entrée n'avait pas de portes. Une galerie à trois étages régnait le long du temple, de trois côtés; le côté de l'Orient seul n'en avait pas. Un escalier tournant du côté du Sud conduisait à ces galeries.

Le temple intérieur se partageait en trois divisions : l'avant-temple ou le vestibule, le lieu saint et le sanctuaire, ou le lieu très-saint, nommé aussi le saint des saints. Ces deux dernières divisions étaient fermées de portes à deux battants en bois d'olivier, chargées de sculptures et de ciselures diverses, et couvertes toutes deux d'un voile richement brodé. Dans le vestibule on gardait probablement les choses consacrées; dans le lieu saint était placé l'autel des parfums, entre le candélabre d'or aux sept branches et la table des pains de proposition, enfin le lieu très-saint, de forme pentagone, était construit en dôme : là étaient posés, sous les ailes des chérubins, l'arche renfermant les tables de la loi, et à côté de la verge d'Aaron, le vase rempli de manne et les livres écrits de la main de Moïse.

La solennité de la dédicace dura sept jours; le peuple de toutes les tribus et les Israélites dispersés dans l'empire accoururent à Jérusalem; l'arche, retirée du pavillon où David l'avait laissée, fut transportée avec pompe dans le temple par les sacrificateurs; le roi, accompagné de sa cour, des anciens d'Israël, des chefs de tribus, des chefs des principales familles, et de la foule du peuple, suivait l'auguste symbole de la religion nationale. L'arche, dans laquelle étaient conservées les deux tables de la loi, fut déposée dans le lieu très-saint, sous les chérubins d'or dont les ailes la couvraient; et au moment où le voile qui devait se déchirer à la mort du Christ fut baissé sur le sanctuaire, la gloire de l'Eternel, la nuée du désert, signe infaillible et vénéré de la présence divine, remplit la maison de l'Eternel. Alors le fils de David, se prosternant avec toute sa grandeur devant celui qui seul est grand, au milieu de la postérité d'Abraham, debout à ses côtés, prononça une longue et magnifique prière. Il se releva ensuite et bénit son peuple. Au moment que sa voix cessait de retentir dans le sanctuaire, le feu du ciel tomba et consuma les premiers holocaustes. La nuée sainte se déploya dans le temple, les sacrificateurs pouvaient à peine se tenir debout pour le service, parce que la gloire de l'Eternel avait rempli la maison de Dieu, et l'immense assemblée, comme un seul homme, se prosterna la face contre terre.

Les solennités, les sacrifices, les chants sacrés continuèrent les jours suivants et pendant les sept jours de la fête des tabernacles, qui commençait; d'immenses offrandes signalèrent la magnificence et la piété du monarque. Il sacrifia 22 000 boeufs et 120 000 brebis dont la chair servit aux festins de la nation entière, rassemblée dans la capitale".

Après cette solennité, l'Eternel apparut une seconde fois à Salomon et lui dit : J'ai sanctifié cette maison que tu as bâtie pour y établir mon nom à jamais; si tu gardes mes commandements comme David ton père, je conserverai ta race pour régner sur Israël; mais si toi ou tes enfants vous adorez les dieux étrangers, je chasserai Israël de cette terre et il deviendra la moquerie des nations. Je rejetterai loin de moi ce temple élevé en mon nom, et quiconque passera devant ses ruines s'arrêtera étonné, et dira : Pourquoi le Seigneur a-t-il ainsi frappé ce peuple et cette maison ? Parce qu'ils ont abandonné, lui répondra-t-on, les voies de leur Dieu pour celles des divinités étrangères.

Après avoir élevé la maison de Dieu, Salomon se bâtit à lui-même un palais où il plaça un trône d'ivoire recouvert d'or et cinq cents boucliers de même métal qu'on portait devant lui; puis il entoura Jérusalem de murailles; il bâtit Héser, Mageddo, Gazer que le roi d'Egypte avait brûlé, la ville de Béthoron d'en bas, Mello Balath et Palmyre dans le désert. Il fortifia tous les bourgs qui étaient à lui et qui n'avaient pas de murailles, les villes qui fournissaient les chariots de guerre et celles qui envoyaient les cavaliers.

Des anciens peuples chananéens, plusieurs restaient encore indépendants; il les rendit tributaires et les força de travailler à ses ouvrages tandis qu'il faisait des enfants d'Israël ses hommes de guerre, ses ministres et ses officiers.

1. Josèphe prétend, Antiq. Jud., VIII, 2, 8, et Adv. Apion., I, 17, que le traité de Salomon avec Hiram et la correspondance des deux princes étaient encore conservés de son temps à Tyr.

2. Du reste, il est impossible de concilier le troisième livre des Rois chap. VI et VII, avec le deuxième livre des Paralipomènes, chap. III et IV, et avec Josèphe. Surtout, on ne saurait, d'après leurs données, le reconstruire. Voyez cependant Meyer, Der Tempel Salomons. 1830, in-8.

La reine de Saba

Attirée par sa renommée, la reine de Saba vint de l'Arabie Heureuse1 à Jérusalem avec une suite nombreuse, et des chameaux chargés d'or, de pierres précieuses, de diverses sortes d'aromates et de parfums. Cette reine, célèbre dans tout l'Orient, voulait visiter Salomon et éprouver sa sagesse par des questions obscures; elle fut frappée de sa pénétration profonde, de la splendeur de sa cour et partit en disant : Ta sagesse passe tout ce que la renommée m'avait appris sur toi; heureux tes serviteurs qui jouissent toujours de ta présence; béni soit le Seigneur qui, plein d'amour pour lsraël, t'a donné le soin de le gouverner et de lui rendre la justice.-

Mais bientôt Salomon ne marcha plus en présence de l'Eternel, dans la droiture et la simplicité de son coeur; il aima des femmes étrangères et se choisit un grand nombre d'épouses et de concubines parmi les filles de Moab et d'Ammon, d'Idumée et du pays des Héthéens, quoique le Seigneur eût dit aux enfants d'Israël : Vous ne formerez point d'alliance avec ces peuples; car ils vous pervertiraient et vous feraient adorer leurs dieux. Quand l'âge en effet eut affaibli le roi, ces femmes corrompirent son coeur, et il servit Astarté, l'abomination de Sidon, Chamos, l'idole de Moab, et Melcholm, l'idole des fils d'Ammon. L'Eternel lui apparut alors pour la troisième fois et lui dit : Puisque tu n'as point gardé mon alliance, je diviserai ton royaume et je le donnerai à un de tes serviteurs. Cependant, à cause de David, ton père, j'attendrai que le sceptre soit entre les mains de ton fils, et je ne le lui ôterai pas tout entier; il gardera deux tribus.

1. Il y a, bien entendu, de grandes incertitudes sur cette reine de Saba; nous suivons les traditions arabes qui la font venir du Yémen.

Révoltes contre Salomon

Depuis ce jour tout présagea les malheurs annoncés à Salomon. D'abord les nations vaincues se relevèrent; Ader, de la lignée royale d'édom, revint en Idumée et disputa au roi d'israël la possession de ce pays, d'où il ne fut pas chassé. Rhazon se fit reconnaître roi à Damas, et, au coeur même d'Israël, une révolution éclata. Jéroboam, fils de Nabath, était un homme intelligent et fort, auquel le roi avait donné l'intendance des tribus de toute la maison de Joseph. Le prophète Athias le rencontrant un jour qu'il sortait de Jérusalem, détacha son manteau, le coupa en douze morceaux et lui dit : Prends pour toi dix parts de mon manteau; car le Seigneur a dit : Je diviserai le royaume, je t'en donnerai dix tribus, et si tu marches dans mes voies je te ferai une maison stable comme celle de David, et je te mettrai en possession d'Israël.

Salomon voulut alors faire périr Jéroboam; mais il s'enfuit auprès de Sésac, roi d'Egypte, et demeura en ce pays jusqu'à la mort de Salomon, qui arriva peu de temps après. Ce prince avait alors soixante ans; il en avait régné quarante.

Salomon ne fut pas seulement un roi magnifique; le repos dont il jouit, durant son long règne, lui permit de se livrer à des travaux pacifiques qui ont immortalisé son nom. Il composa, dit l'Ecriture, trois mille paraboles et cinq mille cantiques; il traita aussi de tous les arbres, depuis le cèdre du Liban jusqu'à l'hysope, qui croît entre les pierres; il décrivit les quadrupèdes, les reptiles, les oiseaux et les poissons. Tout cela est perdu; il ne reste sous son nom que les Proverbes, ou recueil de maximes dont quelques-unes sont devenues des adages; l'Ecclésiaste, c'est-à-dire le prédicateur, où toutes les conditions et tous les plaisirs de la vie humaine sont passés en revue, afin d'arriver à cette conclusion : Tout est vanité; enfin le Cantique des cantiques, simple chant nuptial, mais qui, suivant la plupart des interprètes, exprime l'union mystique de Jésus-Christ et de son Eglise, quand négligeant la lettre de ce gracieux épithalame, on en recherche le sens spirituel1.

1. Règne de Salomon. - "C'est le règne brillant d'un prince peu guerrier, mais ami du faste et de la civilisation, qui gouverne du fond de son palais : nouvelle organisation du royaume pour subvenir à l'entretien de la cour; en richissement considérable de la capitale par le séjour d'une cour brillante, mais oppression et appauvrissement du pays, particulièrement des tribus éloignées; décadence intérieure et progressive, accrue par l'introduction du culte des divinités étrangères, à côté de celui du Seigneur.» Héeren, Manuel d'histoire ancienne.

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