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 Saül 

Les Hébreux forcent Samuel à leur choisir un roi

Passage du Jourdain
Samuel choisit Saül

Samuel résidait ordinairement à Ramatha, sa patrie, mais il allait tous les ans à Béthel, à Galgala, à Maspha, et il y rendait la justice au peuple. Devenu vieux, il se déchargea des fonctions pénibles de la judicature sur ses deux fils, Joël et Abia, qu'il établit à Bersabée. Mais ils ne marchèrent pas dans ses voies; ils se laissèrent corrompre par les présents et rendirent des jugements iniques; en même temps, Nabal, roi des Ammonites, entra en armes sur les terres d'Israël. Le peuple s'effraya d'être sans chef contre ce nouvel ennemi, et les anciens vinrent dire à Samuel : Donnez-nous un roi comme en ont toutes les nations, afin qu'il nous juge et nous commande. Le prophète essaya de les détourner de ce dessein contraire à la loi mosaïque, qui donne le Seigneur seul pour roi à son peuple; mais le Seigneur, qu'il consulta, lui répondit : Faites ce qu'ils vous demandent, car ce n'est pas vous, c'est moi qu'ils rejettent. Seulement déclarez-leur auparavant quelle sera la conduite de leur prince. Samuel rapporta au peuple ces paroles, et il ajouta : Voici quelles seront les prétentions de votre roi1 : il prendra vos enfants et il les fera monter sur ses chevaux et sur ses chariots de guerre, et il les fera courir devant lui; il prendra les uns pour labourer ses champs et recueillir ses blés, les autres pour fabriquer des armes et des chars; il se fera de vos filles des parfumeuses, des cuisinières et des boulangères; il prendra ce qu'ily aura de meilleur dans vos champs, dans vos vignes et dans vos plants d'oliviers pour le donner à ses serviteurs; il prendra encore la dîme de vos troupeaux, et vous serez ses esclaves, Vous crierez alors contre le roi que vous aurez élu, mais le Seigneur ne vous exaucera point.

Le peuple s'obstina dans sa demande, et Samuel se décida à le satisfaire; mais afin de prévenir ce despotisme qu'il redoutait et prévoyait, il jeta les yeux sur une obscure famille de la plus petite tribu d'Israël.

Il y avait alors en Benjamin un homme du nom de Cis dont le fils, appelé Saül, était d'une taille et d'une beauté remarquable. Un jour les ânesses de son père s'étant égarées, il se mit à leur recherche, suivi d'un de ses serviteurs, et comme il ne put les trouver, il vint consulter le voyant, c'est ainsi qu'on appelait le prophète. Samuel, averti dès la veille par le Seigneur, reconnut aussitôt celui que Dieu destinait à être le sauveur de son peuple. Les ânesses de votre père, lui dit-il, sont retrouvées. A qui donc appartiendra ce qu'il y a de meilleur dans Israël, si ce n'est à toi et à la maison de ton père ? - Mais, dit Saül, ne suis-je pas de la tribu de Benjamin, la plus petite d'lsraël, et la maison de mon père n'est-elle point la moindre de toute la tribu de Benjamin ? Pourquoi donc me parlez-vous ainsi! Mais Samuel, sans répondre, le mena au festin du sacrifice et le fit asseoir au-dessus de tous les conviés. Après le repas, ils descendirent tous deux du lieu haut dans la ville, et le prophète parla longtemps au jeune homme sur la terrasse de sa demeure2. -

Le lendemain Samuel l'accompagna hors de la ville, et, laissant le serviteur marcher devant eux : Demeurez un peu, dit-il à Saül; en même temps il prit une petite fiole d'huile, la répandit sur sa tête3 et l'embrassa en disant : Le Seigneur, par cette onction, te sacre prince sur son héritage. En garantie de cet avenir, Samuel lui donna trois signes qui, selon sa promesse, s'accomplirent le même jour, et bientôt l'événement confirma tout ce que le prophète avait annoncé.

Cependant Israël s'était assemblé à Maspha pour élire un roi, Samuel jeta le sort par tribus, par familles, par personnes, et il tomba successivement sur Benjamin, sur la famille de Métri, enfin sur Saül. Longtemps on le chercha, car il s'était caché dans la maison de son père; mais quand on l'amena au milieu du peuple il parut plus grand que les autres de toute la tête, et il fut salué roi au bruit des acclamations de l'assemblée. Samuel lut ensuite au peuple la loi qu'il avait écrite, les droits et les devoirs de la nouvelle royauté4, et il mit ce livre dans l'arche d'alliance devant le Seigneur, puis il congédia l'assemblée. Saül s'en retourna dans la maison paternelle, à Gabaa, suivi d'une partie de l'armée. Cependant quelques enfants de Bélial murmuraient et disaient : Comment celui-ci pourrait-il nous sauver ? Et, en signe de mépris, ils refusèrent de lui offrir des présents.

1. Sacy, la Vulgate, même M. Cahen, traduisent les mots hébreux misch pat, ham-melech par droits du roi. M. Munck les rend par conduite du roi. Les Septante avaient déjà dit prétentions. Cette remarque n'a d'importance qu'à cause des commentaires de Volney sur Samuel.

2. Cette phrase est dans la Vulgate, mais non dans les Septante.

3. Le sacre par l'onction était une coutume ancienne; le grand prêtre était ainsi consacré. Le roi allait donc participer en quelque sorte à son caractère sacré.

4. Il ne reste rien de cette constitution. On lit cependant dans le Deutéronome, XVII, 15-20, quelques mots sur la royauté : «Tu ne prendras pas pour roi un étranger, car il n'est pas ton frère; quand il sera établi roi, il n'aura pas un grand nombre de chevaux ni d'épouses, et il ne multipliera pas ses trésors. Les lévites écriront pour lui ce livre (le Deutéronome) et chaque jour il le lira, afin qu'il apprenne à craindre le Seigneur et à garder ses commandements, afin que son coeur ne se gonfle pas d'orgueil, et que ses fils règnent longtemps après lui.»

Victoires de Saül sur les Ammonites et abdication de Samuel

Mais bientôt il prouva qu'il était digne de conduire Israël. Nabal, roi des Ammonites, étant venu attaquer Jabès en Galaab, la ville fut réduite aux dernières extrémités, et envoya des députés à Gabaa pour implorer le secours de Saül. Ils le trouvèrent revenant des champs et marchant derrière ses boeufs. Ils lui racontèrent les malheurs de Jabès. Aussitôt, transporté de colère et saisi de l'esprit de Dieu, il coupe par quartiers les deux boeufs de son attelage et envoie ces chairs palpitantes dans tout Israël, avec ce message : On traitera ainsi les boeufs de tous ceux qui ne suivront pas Samuel et Saül. Israël se leva comme un seul homme, et dès le lendemain Jabès était délivrée et les Ammonites taillés en pièces ou dispersés. Le peuple, rempli d'enthousiasme après cette victoire, voulait faire mourir les mécontents qui avaient murmuré contre l'élection de Saül; mais il s'y opposa. Personne, dit-il, ne doit mourir, puis qu'en ce jour le Seigneur a sauvé Israël.

Samuel, pour profiter des heureuses dispositions du peuple envers Saül, convoqua tout Israël à Galgala, afin d'y abdiquer solennellement la judicature et de renouveler l'élection du nouveau roi. Me voici prêt, dit le vieillard, à rendre compte de toute ma vie. Répondez-moi en présence de l'Eternel et de celui qu'il a choisi. A qui ai-je fait tort ? De qui ai-je enlevé le boeuf ou l'âne ? Qui ai-je opprimé ? De quelle main ai-je accepté des récompenses ? Et je vous ferai restitution. Tout le peuple s'écria d'une seule voix : Tu ne nous a point opprimés, tu n'as rien pris à personne. Alors il rappela les bienfaits que le Seigneur avait répandus sur les Israélites depuis la sortie d'Egypte, et il promit pour eux et pour leur nouveau chef la protection divine s'ils restaient fidèles aux commandements du Très-Haut. Un éclatant prodige confirma ses menaces et ses promesses. N'est-ce pas maintenant, s'écria-t-il, la moisson des blés1? J'invoquerai l'Eternel, et il fera entendre la voix de son tonnerre et tomber la pluie des nues, afin que vous sachiez combien est grand le mal que vous avez fait en demandant un roi. A peine eut-il achevé sa prière qu'à l'instant, au milieu d'un jour serein, le tonnerre éclata et la pluie tomba à flots. Il fallut que Samuel rassurât la foule effrayée.

1. Dans la Palestine il n'y a point d'orages durant l'été; rarement même on voit des nuages dans cette saison. ll pleut ordinairement en octobre, décembre, janvier et février. C'est presque déjà le régime des régions tropicales.

Rupture entre Samuel et Saül

Cependant Saül ne garda pas longtemps ces moeurs rustiques d'un chef de peuple, labourant lui-même ses champs. Il leva une armée de trois mille hommes parmi les plus braves d'Israël; deux mille étaient avec lui à Machmas et sur la montagne de Béthel, mille étaient avec Jonathas à Gabaa. Les Philistins avaient une garnison dans cette place; Jonathas l'attaqua et la battit; ce fut le signal d'une guerre terrible. Les Philistins assemblèrent toutes leurs forces, et vinrent camper à Machmas avec trente mille chars de guerre, six mille chevaux, et une multitude de gens de pied aussi nombreuse que le sable de la mer. Les Israélites effrayés s'enfuirent au-delà du Jourdain, ou se cachèrent; ceux même qui suivaient encore Saül étaient remplis d'effroi.

Reculant devant cette formidable invasion, Saül s'était arrêté non loin du fleuve, au premier campement des Hébreux, dans la terre promise, à Galgala. Durant sept jours entiers il attendit Samuel qui devait offrir un sacrifice au Seigneur, pour le rendre propice aux armes d'Israël; mais le prophète n'arrivait pas, et chaque heure qui s'écoulait lui enlevait quelques soldats qui allaient retrouver leurs frères au-delà du Jourdain.

Saül ne put maîtriser plus longtemps son impatience, et, au mépris de la défense divine, il offrit lui-même l'holocauste. La victime venait d'être consumée quand Samuel parut; il vit le sacrilège : Qu'as-tu fait ? dit-il à Saül. Sans cette faute le Seigneur eût affermi ton règne pour jamais; mais maintenant il se choisira un homme selon son coeur; il le marquera pour être le chef d'Israël, parce que tu n'as pas observé ses commandements. Les menaces du prophète éloignèrent de Saül la plus grande partie des troupes qui lui restaient : après le départ de Samuel il n'avait plus autour de lui que six cents hommes, incapables de défendre le pays contre les trois corps d'armée qui le dévastaient.

Dans cette extrémité, Jonathas, qui avait déjà signalé son courage par le brillant fait d'armes de Gabaa, fut le sauveur de sa patrie. Il sortit secrètement du camp avec son écuyer et quelques soldats, et surprit dans un poste avancé une troupe de Philistins qui, se croyant trahis, s'enfuirent en tournant leurs armes les uns contre les autres.

Au moment de poursuivre l'ennemi dispersé par son fils, Saül avait dit : Maudit soit l'homme qui prendra quelque nourriture avant le soir, jusqu'à ce que je me sois vengé de mes ennemis. Jonathas ignorait le serment de son père; en traversant une forêt, il trouva du miel sauvage, et du bout d'une baguette il en prit quelque peu pour réparer ses forces. Mais quand Saül consulta le Seigneur avant de piller le camp des ennemis, l'oracle ne donna pas de réponse. Ce silence annonçait qu'une transgression avait été commise en Israël : le sort indiqua Jonathas; Saül, qui lui devait sa gloire et sa couronne, prononça sans hésiter la sentence de mort; mais le peuple empêcha qu'elle ne fût exécutée. Non, s'écria-t-il, celui qui vient de sauver Israël ne mourra pas. Nous jurons par le Seigneur qu'il ne tombera pas un seul cheveu de sa tête; car il a agi aujourd'hui avec Dieu.

Cette victoire inattendue rendit à Saül son royaume; et dès lors, de quelque côté qu'il tournât ses armes, il revint victorieux. Les fils de Moab, d'Ammon et d'Edom, le roi de Soba, les Philistins, et tous les ennemis qui entouraient Israël, sentirent le poids de son épée.

Les Amalécites furent les plus cruellement traités. Samuel était venu déclarer à Saül que l'Eternel vouait à l'extermination tout ce peuple, depuis l'homme jusqu'aux animaux. Saül obéit, et cette lignée fut exterminée, mais il épargna Agab, leur roi, et garda la meilleure partie du butin. Quand il revint au milieu d'Israël, Samuel l'arrêta en lui disant : Quel est donc ce bêlement de brebis et ce beuglement de taureaux et de génisses qui arrivent à mon oreille ? En vain Saül pour excuser sa faute allégua que le peuple avait gardé ces brebis et ces boeufs pour les immoler au Seigneur : L'obéissance, répondit Samuel, vaut mieux que les victimes; puisque tu as rejeté la parole du Seigneur, le Seigneur te rejette; il ne veut plus que tu règnes sur son peuple. Saül confondu implora l'intercession du prophète, qui se retirait après ces paroles de colère; il voulut l'arrêter par son manteau, le manteau se déchira : Ainsi, reprit le vieillard irrité, le Seigneur a déchiré aujourd'hui le royaume d'Israël et te l'arrache des mains pour le donner à un autre qui vaut mieux que toi. Puis il se fit amener Agag qui vint tout tremblant : Vais-je donc subir une mort cruelle ? disait-il. - Comme ton glaive a privé les mères de leurs enfants, ta mère sera privée de son fils, lui répondit le prophète; et il l'immola devant le Seigneur.

Depuis ce temps, Samuel ne visita plus Saül, et sans cesse il pleurait sur lui, parce que le Seigneur s'était repenti de l'avoir établi roi sur Israël.

Samuel choisit David pour succéder à Saül

Après bien des jours, Samuel entendit la voix divine qui lui disait : Jusqu'à quand pleureras-tu sur cet homme, puisque je l'ai rejeté ? Viens, je veux t'envoyer chez Isaï de Bethléhem; car je me suis choisi un roi parmi ses enfants. Samuel partit aussitôt sous prétexte d'aller immoler une victime, afin d'éviter la colère du roi. A Bethléhem, il invita Isaï et ses enfants au festin du sacrifice; mais l'élu du Seigneur n'y vint pas, son père l'avait laissé aux champs pour garder le troupeau. Samuel le fit chercher, attendit son arrivée, et, suivant les ordres de Dieu, il répandit sur lui l'huile sainte qui devait le consacrer.

Depuis ce moment l'esprit du Seigneur fut toujours avec David; mais il se retira de Saül, qui resta livré à une mélancolie profonde, à de vagues inquiétudes, à de soudaines terreurs. Cette humeur farouche, excitée, disait-on, par le malin esprit, éclatait par accès. Saül, sur l'avis de ses officiers, consentit à essayer si la musique ne saurait pas calmer ces transports furieux. On lui recommanda David comme habile joueur de harpe, jeune, vaillant et sage. Il se le fit amener, et conçut pour lui tant d'affection qu'il résolut de se l'attacher à titre d'écuyer.

David et Goliath

abimelech
David et Goliath

Cependant les Philistins n'avaient pas tardé à reprendre les armes, et bientôt les deux peuples se trouvèrent en présence près de Socoth, en Juda, dans la plaine des Térébinthes. Pendant quarante jours, un géant, nommé Goliath, vint entre les deux camps défier en combat singulier un guerrier d'Israël : S'il m'ôte la vie, disait-il, nous serons vos esclaves; si je le tue, vous nous serez assujettis. David seul osa se présenter pour répondre au défi, et rassura Saül, qui tremblait pour sa jeunesse, en lui disant : Lorsque ton serviteur menait paître les troupeaux de son père, il vit plus d'une fois un lion ou un ours qui emportait un bélier du troupeau; je courais après eux, et lorsqu'ils se jetaient sur moi, je les prenais à la gorge et je les tuais. Le Seigneur, qui m'a délivré des griffes du lion et de la gueule de l'ours, me délivrera des mains de cet incirconcis. - Va donc, lui dit le roi, et que le Seigneur soit avec toi.

David prit son bâton, choisit dans le torrent cinq cailloux bien polis, les mit dans sa pannetière et marcha contre Goliath, sa fronde à la main. Quand le géant l'aperçut, il lui cria : Suis-je un chien, que tu viennes à moi avec un bâton et des pierres? - Toi, répondit David, tu te présentes au combat avec le glaive, la lance et le bouclier, moi je viens au nom du Dieu des armées. Aujourd'hui, le Seigneur te livrera en mes mains; je te tuerai, je te couperai la tête, et je donnerai ton cadavre et ceux des tiens à manger aux oiseaux du ciel et aux bêtes de la terre. Goliath marchant alors sur lui, il mit une pierre dans sa fronde, et frappa au front le géant, qui tomba. Aussitôt il courut à lui, arracha son épée et lui trancha la tête. A cette vue les Philistins épouvantés s'enfuirent; et les Israélites, se levant avec un grand cri, les poursuivirent jusqu'aux portes d'Accaron, en faisant d'eux un grand carnage.

Jalousie et persécution de Saül contre David

Balaam

Après cette victoire, les femmes sortirent de toutes les villes d'Israël au-devant du roi en chantant : Saül en a tué mille, David en a tué dix mille. Mais depuis ce jour Saül ne regarda plus David qu'avec un oeil d'envie; il essaya même de le percer de sa lance pendant qu'il jouait de la harpe devant lui. Deux fois le fils d'Isaï esquiva le coup, et Saül fut réduit à chercher un autre moyen pour se délivrer de lui : Je ne veux plus, se dit-il en lui-même, je ne veux plus le frapper, mais je l'exposerai aux traits des Philistins. Alors il lui promit la main de sa fille aînée, Mérob, s'il combattait vaillamment pour le service du Seigneur. Afin de mériter cet honneur, David s'exposa plus d'une fois à la mort; mais le roi ne tint pas sa promesse et donna à sa fille un autre époux. Profitant encore de l'affection qu'avaient l'un pour l'autre David et Michol, sa seconde fille, il chargea ses serviteurs de la promettre en son nom au fils d'Isaï s'il tuait cent Philistins. Il espérait le voir périr dans cette entreprise. David en tua deux cents, Le roi fut contraint de le nommer son gendre.

Sa haine en augmenta et bientôt elle n'eut plus de bornes. Il osa proposer à ses officiers, à Jonathas, son fils, d'assassiner David; mais Jonathas, qui aimait son beau-frère comme lui-même, parvint à détourner son père de ce dessein. Une troisième fois, Saül essaya de le percer de sa lance, puis il envoya pendant la nuit des meurtriers vers sa demeure; Michol avertie fit échapper son époux, qui se réfugia près de Samuel, à Rama; et tous deux se rendirent à Naïoth, Saül y courut aussitôt : mais à peine fut-il devant Samuel que l'esprit du Seigneur le saisit : sa fureur s'apaisa, le calme rentra dans son âme, et David put s'échapper sans péril.

Toutefois, il n'osa se fier à cette douceur, trop vite revenue pour être durable, et il ne parut pas aux repas, qui, suivant l'usage, servaient à célébrer dans la maison royale le commencement de chaque mois. Le second jour, sa place étant vide encore, Saül dit à Jonathas : Pourquoi le fils d'Isaï n'est-il pas venu ni hier ni aujourd'hui ? - Il m'a instamment prié, répondit Jonathas, de le laisser aller à Bethléhem pour assister à un sacrifice solennel et pour voir ses frères. La colère de Saül s'enflamma à ces paroles : Enfant de femme impure, s'écria-t-il, est-ce que j'ignore que tu aimes le fils d'Isaï, à ta honte et à la honte de ta mère; tant qu'il vivra, tu ne seras jamais roi, Saisis-le, et que périsse ce fils de la mort. - Mais qu'a-t-il donc fait pour qu'il meure ? reprit Jonathas. Cette résistance de son fils irrita Saül qui se leva et lui lança un javelot. Jonathas l'évita, mais il sortit au même instant, et courut avertir David des nouveaux dangers qui le menaçaient. Le proscrit se réfugia alors à Nobé, chez le grand prêtre Abimélec. L'abri qu'il y trouva devint fatal à la ville et au pontife. Saül averti par Doëg, le premier de ses pâtres, lui ordonna de raser Nobé, de passer les habitants au fil de l'épée; et le même jour Abimélec périt égorgé avec quatre-vingt-cinq sacrificateurs revêtus de l'éphod. Un seul des fils du grand prêtre, Abiathar, échappa et porta à David l'éphod et le sort sacré; il lui portait aussi les espérances des tribus méridionales indignées de cet attentat sacrilège.

Avant cette exécution sanglante, David avait quitté Nobé pour chercher un asile auprès d'Achis, roi de Geth. Dans cette ville, les Philistins le reconnurent et voulurent le faire mourir; mais il contrefit l'insensé, et Achis dit à son peuple : Vous voyez bien que cet homme est fou, chassons-le de nos murs. David sortit ainsi de Geth, et se retira dans la caverne d'Odullam, où bientôt tous ceux qui avaient de méchantes affaires, qui étaient accablés de dettes ou mécontents, s'assemblèrent autour de lui. Il se mit à leur tête, et se rendit sur les terres de Juda, où, tout proscrit qu'il était, il délivra les habitants de Céila attaqués par les Philistins.

A la nouvelle qu'il campait dans cette ville, Saül vint en toute hâte pour l'assiéger. David s'enfuit alors dans les déserts de Ziph, vers l'Orient, le roi l'y poursuivit encore; il était sur le point de l'atteindre, quand une nouvelle attaque des Philistins le força de retourner sur ses pas. Pendant ce temps, David s'enfonçait dans le pays montagneux et stérile d'Engaddi, non loin de la mer Morte. Vainqueur des Philistins, Saül revint avec trois mille hommes d'élite, et le poursuivit jusque sur des rochers où il semblait que les chèvres sauvages pouvaient seules atteindre.

Un jour qu'accablé de fatigue, il s'était arrêté dans une grotte pour s'y reposer loin de ses soldats, David, caché avec ses gens au fond de la caverne, eût pu le tuer; il se contenta de couper un pan de son manteau, puis, quand le roi s'éveilla, il sortit derrière lui et l'arrêta en disant : Saül, mon Seigneur et mon roi, pourquoi écoutes-tu les paroles de ceux qui te disent : David ne cherche qu'une occasion de te perdre ? Vois toi-même, mon père, et reconnais si cela n'est pas le bord de ton manteau. On me conseillait de te tuer; mais j'ai répondu : Je ne porterai pas la main sur mon maître, car il est l'oint du Seigneur; et toi, cependant, tu cherches tous les moyens de m'ôter la vie. Saül, jetant un grand soupir et versant des larmes, s'écria : N'est-ce pas ta voix que j'entends, ô mon fils David ? Tu es plus juste que moi; tu ne m'avais fait que du bien, et je ne t'ai rendu que du mal; que le Seigneur te récompense. Je sais maintenant que tu régneras sur Israël, jure-moi de ne pas exterminer ma postérité, de ne pas anéantir mon nom et la maison de mon père. David le jura, et Saül, calmé pour quelque temps encore, regagna sa demeure.

Vers ce temps, Samuel mourut. Tout Israël s'assembla pour le pleurer, et ensevelir son corps à Rama. L'Ecclésiastique a résumé en peu de mots son éloge et ses services. Aimé de Dieu, il fut prophète du Seigneur. Il reconstitua l'Etat et sacra les princes de son peuple. Il jugea selon les lois, vainquit les princes de Tyr et les chefs des Philistins; jamais il ne se laissa corrompre, et il ne vit pas dans tout Israël un seul homme se lever contre lui pour l'accuser1.

Cependant David n'avait pas osé se fier à la parole de Saül, et s'était retiré au désert de Pharan, dans une retraite plus sûre que celle d'Engaddi. Or, il y avait non loin de là, au désert de Maon, un homme fort riche, mais fort avare, nommé Nabal. Sa femme, Abigaïl, était belle et prudente. Un jour, David envoya dix de ses gens à Nabal pour lui demander des vivres, en représentant qu'il avait toujours épargné ses pasteurs et ses troupeaux. Nabal reçut les messagers avec mépris, et refusa tout secours. David marcha aussitôt contre lui avec quatre cents hommes; mais Abigaïl, pour fléchir la colère du héros d'Israël, alla à sa rencontre avec des ânes chargés de toutes sortes de provisions, se prosterna à ses pieds, le visage contre terre, et lui dit : Que le cour de mon seigneur et de mon roi ne soit point sensible à l'injustice de Nabal. Remets à ta servante cette iniquité; et puisque Dieu doit établir ta maison sur Israël, qu'il ne trouve en toi, mon seigneur, aucun mal pendant tous les jours de ta vie. Ces paroles apaisèrent David, et, dix jours après, Nabal étant mort, il prit Abigaïl pour femme. Le roi, de son côté, donna la main de Michol à Phalti, fils de Laïs.

Saül avait repris ses desseins homicides. Sachant David au désert de Ziph, il alla l'y chercher avec trois mille hommes, et, pour la seconde fois, David épargna la vie de son ennemi. Il était entré, pendant la nuit, dans le camp et dans la tente du roi; il eût pu le frapper, mais il se contenta d'enlever sa coupe et sa lance plantée en terre au chevet de son lit. Puis, de la montagne voisine, il appela Abner, et lui dit : Pourquoi n'as-tu pas gardé le roi, ton seigneur ? Il est venu quelqu'un pour le tuer. Vois où sont maintenant sa lance et sa coupe ? Saül s'éveilla à ces paroles, et reconnaissant la voix de David, il l'aperçut lui-même sur la hauteur. Il s'humilia de nouveau, confessa ses torts, et prédit les succès de son ennemi; ensuite il retourna en sa maison plus abattu que jamais.

Mort de Saül (1056)

Ruth
Ruth

En ce temps-là, David se retira de nouveau dans le pays des Philistins, auprès d'Achis. Ce chef lui donna la ville de Siceleg, d'où, pendant seize mois, il fit des courses con tinuelles contre les peuplades établies au midi de la terre de Chanaan. Il y était encore lorsqu'il apprit la fin du roi d'Israël. Les Philistins avaient en effet repris les armes, et les tribus du sud de la Palestine, mécontentes de ce gouvernement militaire qui s'était souillé du meurtre des prêtres de Nobé, ne firent aucun effort pour arrêter l'en nemi, qui pénétra jusque dans la plaine de Jezraël, auprès d'Aphec. Saül était venu camper à Gelboé avec toutes ses troupes. Mais quand il eut vu l'innombrable armée des Philistins, il fut frappé d'étonnement et de crainte. Il voulut interroger l'Éternel, l'Éternel ne lui ré pondit ni en songe, ni par la voix des prêtres, ni par celle des prophètes. Saül, abandonné du ciel, résolut d'inté resser les enfers à sa cause. Autrefois, suivant les conseils de Samuel, il avait chassé les imposteurs et les magiciens. Ses serviteurs découvrirent cependant une pythonisse dans la tribu de Mamassé. Le roi se rendit près d'elle sous d'hum bles habits, et suivi seulement de deux des siens. « Révèle

Samson

Cependant le peuple était retombé dans l'idolâtrie, et le Seigneur l'avait abandonné à l'oppression des Philistins. Cette servitude dura longtemps; mais Dieu, à la fin, se choisit un vengeur.

Un homme de la tribu de Dan avait eu un fils, nommé Samson, qui, par l'ordre du Seigneur, devait être Nazaréen, c'est-à-dire consacré au Seigneur. Il ne fallait pas que cet enfant bût du vin, mangeât de la chair impure, ni laissât couper ses cheveux. Dès ses jeunes ans, il montra une force extraordinaire. Un jour il mit en pièces un lion qui s'était jeté sur lui. Mais cette vigueur, il ne l'employait pas seulement contre les bêtes du désert; les ennemis de son peuple apprirent bientôt à leurs dépens qu'il s'était levé un homme fort dans Israël.

Samson avait épousé une jeune fille du pays des Philistins, et cette femme, dès les premiers jours, le trahit en livrant à trente jeunes gens le mot d'une énigme que Samson leur avait proposée1. Il leur avait promis à chacun un manteau, s'ils étaient vainqueurs à ce jeu aimé chez tous ces peuples; les Philistins payèrent pour lui. Il alla auprès d'Ascalon, une de leurs villes, et en tua trente dont il emporta les manteaux.

Etant revenu au temps de la moisson voir cette femme, il la trouva mariée à un Philistin. Pour se venger, il prit trois cents renards, leur attacha des sarments allumés à la queue et les lâcha au milieu des blés, dans les vignes et les plants d'oliviers; tout fut brûlé, et de colère les Philistins tuèrent la jeune femme, cause de ce désastre. Mais le héros n'accepta pas cette réparation, et un grand nombre d'ennemis tombèrent encore sous ses coups.

Les Philistins étaient toujours redoutés dans lsraël; ils exigèrent qu'on leur livrât Samson. Il fut lié avec des cordes neuves et remis entre leurs mains; mais à peine se vit-il au milieu d'eux que, d'un seul effort, il brisa ses liens, et saisissant une mâchoire d'âne, il chassa devant lui les Philistins effrayés, dont mille ce jour-là périrent.

Après cet exploit, Samson fut revêtu de la judicature qu'il exerça pendant vingt ans; mais, dans cette haute charge, il n'oublia pas son ancienne vie d'aventures. Sa haine implacable contre les Philistins le conduisait toujours sur le territoire de ce peuple. Un jour qu'il était venu dans Gaza, une de leurs cités, ils espérèrent le surprendre et le tuer, au matin, quand il quitterait la ville. Mais Samson, qui soupçonnait leur dessein, se leva vers minuit et alla aux portes; les trouvant fermées, il les arracha avec leurs gonds, leurs deux poteaux et la serrure, les chargea sur ses épaules et porta le tout jusque sur le haut d'une montagne voisine.

Cette force merveilleuse devait disparaître si jamais Samson coupait sa chevelure; le secret était resté jusqu'alors ignoré, mais il n'eut pas la force de le cacher à Dalila qui captivait son coeur. Les chefs des Philistins étant venus trouver cette femme, lui promirent chacun onze cents pièces d'argent, si elle leur faisait connaître d'où provenait la force prodigieuse de Samson, et comment on pourrait le vaincre. Elle se laissa séduire à ces offres, et un jour qu'il reposait la tête appuyée sur ses genoux, elle lui coupa les cheveux : aussitôt il devint comme un autre homme; alors les chefs des Philistins accoururent, et, sans qu'il pût leur résister, ils le chargèrent de chaînes, lui crevèrent les yeux, et, par dérision, l'occupèrent à tourner la meule d'un moulin.

Mais avec les mois et les jours, ses cheveux repoussèrent et il sentit en même temps sa force renaître. Un jour que les Philistins célébraient la fête solennelle de leur dieu Dagon, on l'amena dans la salle du festin pour servir de jouet au peuple assemblé; Samson alors invoqua l'Eternel et le supplia de lui rendre sa vigueur première. Le Seigneur l'entendit et l'exauça. Samson avait été placé au milieu de l'édifice, entre les deux colonnes qui soutenaient la voûte, il les ébranla d'un suprême effort en s'écriant : Que je meure avec les Philistins ! Les colonnes tombèrent, le temple s'écroula, et Samson, enseveli sous les ruines avec des milliers d'infidèles, fit périr en mourant, dit son historien, plus d'ennemis qu'il n'en avait tué en sa vie.

1. De celui qui dévore est venue la nourriture, du fort et du cruel est venue la douceur. - Dans une de ses courses, il avait tué un jeune lion, et, quelques jours après, il avait trouvé dans sa gueule un rayon de miel.

Héli

Après lui l'autorité religieuse et le pouvoir civil furent réunis dans les mains d'Héli, grand pontife1 et juge d'Israël.

Vers ce temps, la révolution qui allait bientôt amener l'établissement de la royauté commençait déjà à agiter les esprits. Trois siècles de misères avaient enfin ouvert les yeux aux Israélites, et ils comprenaient que leur faiblesse venait de leur défaut d'union, de leur oubli des lois de Moïse et du culte du Seigneur. Les tribus se rapprochaient du sanctuaire de Silo, longtemps délaissé, et le grand prêtre était devenu le chef politique de la nation. Malheureusement Héli était au-dessous du rôle qu'il eût pu jouer; il avait bien le désir, mais non la force de ramener son peuple aux lois et au Dieu de ses pères. Un jeune Lévite l'entreprit.

Un jour qu'Héli était assis à Silo devant la porte du tabernacle, une femme de Ramatha, nommée Anne, vint prier avec ferveur. Témoin de sa piété, Héli lui dit : Allez en paix, et que le Dieu d'Israël soit favorable à vos voeux. Anne, depuis longtemps stérile, avait demandé au seigneur de faire cesser sa honte. Elle fut exaucée, et en reconnaissance, elle consacra son fils au service de l'autel, après avoir répandu sa joie devant le Seigneur en un cantique d'action de grâces.

Mon Dieu a relevé ma gloire, disait-elle, et ma bouche s'est ouverte pour un chant de triomphe.

Nul n'est saint comme le Seigneur. Abaissez votre orgueil, humiliez la fierté insolente de votre langage, car Dieu sait tout.

Il brise l'arc des puissants; il ceint de sa force les reins des faibles.

Il tue et anime; il conduit aux enfers et il en ramène.

Il envoie la pauvreté et il donne la richesse.

Celle qui était stérile a enfanté sept fois, celle qui avait de nombreux enfants s'est vue faible et délaissée.

Samuel fut donc élevé avec les enfants consacrés au service du Seigneur. Ses vertus formèrent bientôt un contraste pénible avec les vices d'Ophni et de Phinéès, les deux fils d'Héli. Irrité de leurs crimes et de l'indulgence coupable du grand prêtre envers ses enfants, le Seigneur suscita un prophète qui vint en son nom reprocher à Héli sa faiblesse, lui annoncer la mort de ses fils, la ruine de sa maison, et lui prédire que la souveraine sacrificature dont il n'avait pas su exercer tous les droits ni remplir tous les devoirs, sortirait bientôt de sa famille.

L'Eternel lui-même fit connaître à Samuel, par des révélations nocturnes, ses desseins contre la race d'Héli. Samuel eût voulu cacher au grand prêtre ces menaces prophétiques, mais il ne put résister à ses questions pressantes, et il lui raconta ses visions de la nuit. Héli, triste et résigné, ne put que dire : C'est l'Eternel, que sa volonté soit faite !

Or, il arriva dans ce temps-là que les Philistins s'assemblèrent pour faire la guerre à Israël. Les Israélites, abandonnés du Seigneur, éprouvèrent une défaite sanglante, et se dirent : Pourquoi l'Eternel nous a-t-il frappés aujourd'hui de cette plaie devant les Philistins ? Amenons de Silo dans le camp l'arche d'alliance, elle nous sauvera des mains de l'ennemi; mais le symbole de la présence divine ne pouvait rien au milieu d'une armée délaissée par Dieu lui même. Les Israélites, battus une seconde fois, laissèrent trente mille hommes sur le champ de bataille; les deux fils d'Héli se trouvaient parmi les morts; l'arche sainte était tombée au pouvoir du vainqueur. Le jour même, un homme de la tribu de Benjamin, échappé du combat, accourut à Silo. Héli, assis sur son siège et tourné vers le chemin, tremblait pour l'arche de Dieu; il se fait amener le Benjamite qui lui dit : "Israël a fui devant les Philistins; une grande partie du peuple a été taillée en pièces; tes deux fils sont morts; l'arche sainte est prise".

A ces mots, Héli, frappé dans toutes ses affections, comme père, comme juge, comme pontife, tombe à la renverse de son siège et meurt sur la place. Il avait vécu près d'un siècle et jugé Israël pendant quarante années.

Les Philistins conduisirent l'arche sainte à Azoth et la placèrent dans le temple de leur dieu Dagon, en face de l'idole. Le lendemain l'idole était renversée, la face contre terre, devant l'arche du Seigneur. Ils la relevèrent, mais le jour suivant Dagon était encore à terre et brisé, la tête avait roulé devant l'arche, les mains étaient jetées au seuil du temple. En même temps la colère du Seigneur s'appesantit sur Azoth, et l'on ne vit plus dans la ville que morts et que mourants.

Pendant sept mois, l'arche fut menée de ville en ville dans le pays des Philistins, mais partout la main de l'Eternel se faisait sentir, et chaque cité retentissait bientôt de gémissements. Aussi, pour échapper à ce fléau, les Philistins se décidèrent à renvoyer l'arche, on la mit sur un chariot traîné par deux génisses sans conducteur et sans guide. Les génisses se dirigèrent d'elles-mêmes vers Bethsamet, et de là l'arche fut portée à Gabaa, dans la maison d'Abinadab et confiée aux soins de son fils Eléazar.

1. Héli descendait d'Ithamar, fils putné d'Aaron. La grande sacrificature était donc sortie de la maison d'Eléazar, fils aîné du premier grand prêtre.

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