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Les patriarches

Abraham

Voici la généalogie des enfants de Sem : Arphaxad son premier-né, Salé, Héber, Phaleg, Réii, Sarug, Nachor, et Tharé qui engendra Abram, Nachor et Aran le père de Loth.

Or, Tharé était établi dans la ville d'Ur en Chaldée, où il conservait encore quelques-unes des vérités révélées. Irrité des progrès de l'impiété, Dieu s'était décidé à se choisir une lignée fidèle. Il jeta les yeux sur Abram pour être le père de son peuple. Afin de le tirer des lieux où régnait l'idolâtrie, il le fit sortir de la Chaldée. Tharé, à la sollicitation de son fils, quitta la ville d'Ur, et s'avança jusqu'à Haran, où il mourut. Dans cette ville, Dieu apparut à Abram, et lui dit : Sors de ton pays, quitte ta famille et la maison de ton père, et viens en la terre que je te montrerai. Je te rendrai père d'un grand peuple, et toutes les nations de la terre seront bénies en toi.

Abraham dans la terre de Chanaan

Adam et Eve
Départ d'Abraham
Jozsef Molnar

Abram partit donc, emmenant avec lui Sara sa femme, son neveu Loth et tous ses serviteurs, avec ses troupeaux.

Il passa l'Euphrate, et s'avança jusqu'à Sichem, dans le pays alors occupé par les Chananéens. Dieu lui apparut encore, et lui dit: Voilà là le pays que je donnerai à ta postérité. Abram dressa en ce lieu un autel au Seigneur, comme il fit encore entre Béthel et Haï, et il continua sa marche vers le midi. Une famine le contraignit à descendre en Egypte, où le Pharaon enleva Sara, qu'Abram ne nommait que sa soeur. Averti par de grandes plaies que Dieu envoya sur lui et sur son peuple, le Pharaon rendit Sara, et fit conduire Abram hors de l'Egypte avec tout ce qu'il possédait.

C'est au retour de ce voyage qu'Abram se sépara de Loth son neveu. Une rixe s'étant élevée entre leurs pasteurs, il lui dit : Qu'il n'y ait plus de querelle entre toi et moi, car nous sommes du même sang. Séparons-nous. Si tu vas à gauche, j'irai à droite; si tu choisis à droite, j'irai à gauche. Loth prit les fertiles pays situés le long du Jourdain, et alla habiter dans Sodome, dont les habitants avaient souvent péché contre le Seigneur. Abram demeura dans la vallée de Mambré. Peu de temps après, le roi des Elamites, contre lequel s'étaient révoltés les princes de Sodome, de Gomorrhe, d'Adama, de Séboïm et de Ségor, châtia ces peuples qui étaient ses tributaires depuis 12 années, et fit Loth prisonnier. Quand Abram apprit le malheur arrivé à son neveu, il arma 318 de ses serviteurs, surprit l'ennemi près de Damas, le battit, et délivra Loth, sa femme et tous les siens. Son retour fut un triomphe; les rois accouraient au-devant de lui, et Melchisédech, prince de Salem, le bénit au nom du Très-Haut.

Après cette victoire, Abram eut deux fois une vision, dans laquelle le Seigneur lui renouvela la promesse d'une race innombrable. Lève les yeux, lui dit la voix divine, et si tu le peux, compte les étoiles; aussi nombreuse sera ta postérité. Cette terre où tu marches, je la donnerai à tes descendants, depuis le torrent d'Egypte jusqu'au grand fleuve Euphrate.

Sara et Agar; destruction de Sodome

Cependant Sara ne lui avait pas encore donné d'enfants; mais elle dit à Abram : Prends Agar, ma servante égyptienne, et peut-être j'aurai des enfants par elle. Agar ayant conçu, méprisa sa maîtresse; mais celle-ci la força de fuir au désert.

Agar, servante de Sara, d'où viens-tu et où vas-tu ? lui dit l'ange, qui la trouva près de la fontaine, le long du chemin de Sur, vers la frontière d'Egypte. Je fuis ma maîtresse, répondit Agar. L'ange reprit : Retourne vers elle, humilie-toi sous sa main, ta postérité sera innombrable; tu vas enfanter un fils qu'on appellera Ismaël. Il sera vaillant et fier; sa main sera contre tous, et la main de tous sera contre lui; il plantera ses tentes en face de ses frères. Alors Agar invoqua le nom du Seigneur qui lui parlait, et, de retour auprès d'Abram, elle enfanta un fils qu'il nomma Ismaël (2044).

Ismaël avait atteint l'âge de 13 ans quand le Seigneur apparut encore à Abram, et lui dit : Tu ne t'appelleras plus Abram (père illustre), mais Abraham (père illustre d'une multitude), parce que je t'ai établi pour être le père d'une multitude de nations. Voici le pacte que je fais avec toi : Tout enfant mâle de ta famille et de ta maison sera circoncis huit jours après sa naissance; et tes descendants garderont ce témoignage de mon alliance. Je bénirai Ismaël, je le ferai chef d'un grand peuple; mais l'alliance que je fais avec toi, je la renouvellerai avec Isaac, que Sara enfantera en cette saison de l'année qui va venir. Aussitôt Abraham et toute sa maison prirent le nouveau signe de l'alliance.

A quelques jours de là, le patriarche était assis auprès du chêne de Mambré quand trois voyageurs s'approchèrent de sa tente. Dès qu'il les aperçut, il courut à leur rencontre, et, se prosternant devant eux : Seigneurs, leur dit-il, si j'ai trouvé grâce devant vous, ne passez pas devant la maison de votre serviteur sans vous y arrêter. Après qu'ils eurent mangé, l'un d'eux lui dit : Dans un an, à pareille époque, je reviendrai, et Sara ta femme aura un fils. Puis ils partirent vers Sodome, et Abraham les accompagna.

Dieu lui révéla alors que Sodome et Gomorrhe avaient comblé la mesure de leurs crimes, et qu'il était décidé à les punir. Seigneur, dit Abraham, ferez-vous périr les bons avec les méchants? Il y a peut-être 50 justes dans cette ville; et il supplia l'Eternel de pardonner en leur faveur aux cités coupables. Dieu y consentit. Mais s'il n'y en avait que 45, faute de 5 justes détruiriez-vous tout un peuple? S'ils n'étaient que 30, que 20, que 10, leur vertu ne suffirait-elle pas, O Seigneur, pour protéger leurs concitoyens contre votre colère? Et Dieu le promit encore.

Sur le soir, les deux anges arrivèrent à Sodome, au moment où Loth était assis à la porte de la ville. Il se leva devant eux et les reçut dans sa demeure. Mais, à l'entrée de la nuit, la maison fut assiégée par les habitants qu'amenaient là d'infâmes desseins. Loin d'écouter les instantes prières de Loth pour sauver ses hôtes, ils se jetèrent sur lui avec violence; déjà ils étaient près de rompre les portes quand les anges, les ayant tous frappés d'aveuglement, dirent à Loth : Fais sortir de cette ville ceux qui t'appartiennent, parce que le cri des abominations de ces peuples est monté jusqu'au Seigneur, et nous sommes envoyés pour les punir. Le lendemain, au lever de l'aurore, Loth avec sa femme et ses filles quitta Sodome, et se dirigea vers Ségor, la seule ville que ses prières eussent sauvée de la colère divine.

Quand le soleil parut sur la terre, Dieu fit descendre du ciel, sur Sodome et Gomorrhe, une pluie de soufre et de feu; il détruisit encore Adama et Séboïm, et la contrée qui environnait ces quatre villes fut recouverte par la mer Morte. Cependant Loth fuyait, conduit et protégé par les anges. Malgré leur défense, sa femme regarda derrière elle, et aussitôt elle fut changée en une statue de sel. Quant à ses filles, elles donnèrent naissance l'une à Moab, l'autre à Ammon, qui tous deux devinrent chefs de peuples odieux à Israël.

En ce temps-là, Abraham habitait entre Sur et Cadès. Etant allé à Gérara, Abimélech, roi de ce pays, enleva Sara qu'il croyait la soeur du patriarche. Mais, averti par Dieu, il la renvoya avec de riches présents, et fit alliance avec son époux auprès d'un puits creusé par Abraham, et qui fut appelé Bersabée, c'est-à-dire le puits du serment. Abimélech1 renouvela plus tard cette alliance avec Isaac.

1. Le nom d'Abimélech signifie en hébreu père-roi.

Ismaël et Isaac

Cependant Sara donna, en sa vieillesse, un fils à Abraham (2030). L'enfant fut nommé Isaac. Un jour qu'il fut insulté par le fils d'Agar, Sara, indignée, força son époux à chasser l'Egyptienne et son fils. Abraham hésitait; mais Dieu lui ayant confirmé ses promesses en faveur d'Ismaël, il prit du pain et un vase plein d'eau, les remit à Agar, lui donna son fils et la renvoya. Longtemps elle erra avec Ismaël dans la solitude de Bersabée. Quand l'eau manqua dans le vase, elle laissa son fils couché sous un arbre, et s'éloigna de lui d'un trait d'arc, en disant : Je ne verrai pas mourir mon enfant; et elle pleurait. Un ange l'appela. Que fais tu? lui dit-il, lève-toi, prends ton fils, il deviendra le père d'un grand peuple. Au même moment, Agar aperçut une source; elle remplit son vase et donna à boire à l'enfant. Ismaël habita dès lors le désert de Pharan, où il grandit sous la protection du Seigneur, et sa mère lui choisit une femme du pays d'Egypte.

Sacrifice d'Abraham

Adam et Eve

Dieu voulut éprouver encore la foi d'Abraham. Prends ton fils, lui dit-il; va dans la terre d'en haut, et là tu me l'offriras en holocauste sur une montagne que je te montrerai. Abraham obéit et, avec son fils et deux serviteurs, il se dirigea vers l'endroit que Dieu lui avait désigné. Le troisième jour, il dit à ses serviteurs : Attendez-moi ici; nous allons adorer le Seigneur et nous redescendrons aussitôt. Puis il continua sa marche avec Isaac, qui portait le bois du sacrifice. Mon père, où donc est la victime pour l'holocauste ? disait l'enfant. - Dieu, mon fils, répondit-il, saura bien la fournir; et ils marchaient toujours. Enfin ils arrivèrent au sommet de la montagne (le mont Moria), dressèrent un autel; et quand le bois fut disposé pour le sacrifice, Abraham lia son fils et le mit sur le bûcher. Il allait l'immoler, quand une voix lui cria du ciel : Abraham! Abraham! ne frappe pas cet enfant; je connais maintenant que tu crains Dieu, puisque pour obéir tu n'as pas épargné ton fils unique. Abraham, levant alors les yeux, vit un bélier dans un buisson; il le prit et l'immola. La voix divine appela pour la seconde fois Abraham, et lui dit : Je te bénirai, et je multiplierai ta race comme les étoiles du ciel, comme le sable de la mer; et toutes les nations de la terre seront bénies dans ta postérité, parce que tu as obéi à ma voix. Abraham rejoignit ses serviteurs, et ils retournèrent ensemble à Bersabée, où il demeura.

Mariage d'Isaac

Quelques années après, Sara mourut, âgée de 127 ans, dans la ville d'Arboc (Hébron), au pays de Heth en Chanaan. Après l'avoir pleurée, Abraham acheta, pour 400 sicles d'argent, la double caverne et le champ d'Ephron situés près de Mambré, et il y ensevelit Sara. Lui-même, il se sentait près du terme de ses jours, et il voulut, avant de mourir, assurer l'avenir de sa lignée. Jure-moi, dit-il à Eliézer, le plus ancien serviteur de sa maison, que tu ne prendras aucune des filles des Chananéens, parmi lesquels j'habite, pour la faire épouser à mon fils; mais que tu iras chercher une femme pour lui dans le pays de mes pères. Eliézer le jura, et, chargeant 10 chameaux de présents considérables, il partit pour la ville qu'habitait Nachor, frère d'Abraham. Sur le soir Eliézer arriva près d'une fontaine hors de la ville, à l'heure où les femmes venaient y puiser l'eau, et il demanda au Seigneur de lui montrer la fiancée d'Isaac dans celle de ces femmes qui s'acquitterait vis-à-vis de lui des devoirs de l'hospitalité. Une jeune fille d'une rare beauté y vint la première. Elle emplit son vase, et s'en retournait, quand Eliézer, s'approchant : Donnez-moi, lui dit-il, un peu de l'eau que vous portez. - Buvez, répondit-elle en inclinant son vase; quand il se fut désaltéré, elle le remplit de nouveau à la fontaine, afin de pouvoir abreuver ses chameaux. Eliézer lui offrit aussitôt des pendants d'oreilles et des bracelets d'or, et elle lui apprit qu'elle était petite fille de Nachor. A ce nom, Eliézer s'inclina, et adora le Seigneur en disant : Béni soit l'Eternel, le Dieu d'Abraham qui m'a conduit dans la maison du frère de mon maître.

Rébecca, cependant, était allée avertir sa famille de la venue d'un étranger, et Laban son frère, voyant les riches présents que lui avait faits Eliézer, courut à sa rencontre, l'amena, et voulut lui faire prendre quelque nourriture. Mais Eliézer dit : Je ne mangerai point avant d'avoir parlé. Alors il raconta comment il était parti du pays de Chanaan, ce qu'il avait demandé au Seigneur, ce qui était arrivé près de la fontaine, et il finit en disant que Dieu, sans doute, l'avait conduit vers la fille du frère de son maître, afin de la donner pour femme à Isaac. Puis il distribua de nouveaux présents, des vases d'or, de riches habits, et, le lendemain, Rébecca consentant à le suivre, il retourna vers son maître (1990). Isaac la reçut pour femme; et l'affection qu'il eut pour elle fut si grande qu'elle tempéra la douleur que la mort de sa mère lui avait causée.

Abraham eut encore plusieurs enfants d'une autre femme nommée Cétura; mais de son vivant, il les sépara d'Isaac, et les envoya dans les contrées qui regardent l'Orient. Il avait 175 ans quand il mourut; Isaac et Ismaël le portèrent à côté de Sara, dans le champ d'Ephron (1955.)

Esaü et Jacob

Rébecca était stérile comme l'avait été Sara. Mais Isaac ayant imploré le Seigneur pour elle, elle conçut, et mit au monde deux enfants (1970). Le premier fut nommé Esaü et le second Jacob. Esaü devint un grand chasseur; Jacob, au contraire, vivait retiré sous sa tente. Un jour qu'Esaü revenait des champs accablé de fatigue et pressé par la faim, il vendit, pour un plat de lentilles, son droit d'aînesse à Jacob. Celui-ci devenait ainsi le chef de la famille. La bénédiction paternelle, qu'avec l'aide de sa mère il surprit à Isaac mourant et aveugle, lui confirma ce titre. Que Dieu te donne, lui avait dit Isaac, la rosée du ciel et les fruits de la terre; que les peuples te servent, et que les princes se prosternent à ton approche. Sois le maître de tes frères, et que les fils de ta mère s'humilient devant toi. Maudit soit qui te maudira, et que ceux qui te béniront soient bénis.

Esaü haïssait Jacob à cause de la bénédiction qu'il avait reçue de son père, et il disait : Le temps de la mort de mon père viendra, alors je tuerai Jacob. Rébecca l'apprit et voulut aussitôt que Jacob se retirât dans le pays d'Haran, chez Laban, son frère; mais pour donner un prétexte à ce départ, elle dit à Isaac : La vie me pèse parce qu'Esaü a épousé deux filles des Héthéniens; si Jacob prend une femme de ce pays, je ne veux plus vivre.

Isaac appela donc Jacob et lui dit : Ne prends pas une femme de la terre de Chanaan; va en Mésopotamie vers la maison de Bathuel, père de ta mère, épouse une fille de Laban, ton oncle, et que le Dieu tout-puissant multiplie ta race afin que tu deviennes le chef d'un grand peuple.

Jacob chez Laban; Rachel

Jacob partit. Après le coucher du soleil, il voulut se reposer; il prit une pierre du chemin, la mit sous sa tête et s'endormit. Alors il vit en songe une échelle dont une extrémité s'appuyait sur la terre, et qui, de l'autre, touchait le ciel. Les anges du Seigneur montaient et descendâient, et Dieu lui-même lui apparut et lui dit : Je suis le Seigneur, le Dieu d'Abraham, ton père, et le Dieu d'Isaac : ta postérité sera nombreuse comme la poussière de la terre; toutes les nations seront bénies en toi et dans celui qui sortira de toi. Je te garderai partout où tu iras, et ne te quitterai point que je n'aie accompli ce que j'ai annoncé. A son réveil, Jacob fut saisi de crainte : Que ce lieu est terrible, dit-il, le Seigneur y habite certainement, c'est la maison de Dieu du ciel. Alors il prit la pierre qu'il avait mise sous sa tête, la dressa comme un monument de sa vision, et sur cet autel il répandit de l'huile en offrande. Ce lieu s'appela depuis lors Béthel ou la maison de Dieu (1893).

Quand Jacob fut arrivé au terme du voyage, il aperçut des pasteurs assis auprès d'un puits. Ces pâtres connaissaient Laban, fils de Nachor, et ils montrèrent à Jacob sa fille Rachel, qui venait abreuver le troupeau. Jacob ôta la pierre pesante qui fermait le puits, et donna lui-même l'eau aux brebis. Puis il apprit à la jeune fille étonnée qu'il était le fils de Rébecca; et Rachel courut aussitôt dire à son père qu'un parent leur était venu.

Laban reçut avec joie le fils de sa soeur, et au bout d'un mois il lui dit : Il n'est pas juste que vous me serviez gratuitement. Jacob lui demanda Rachel, sa seconde fille : Pour elle, disait-il, je serai pendant sept ans votre serviteur.

Jacob servit Laban tout le temps qu'il avait promis, afin d'obtenir Rachel, et ce temps ne lui parut que peu de jours, tant l'affection qu'il avait pour elle était grande; mais les sept années accomplies, Laban ne voulut lui donner que Lia, sa première fille. Ce n'est point l'usage en ce pays, disait-il, de marier la plus jeune avant l'aînée, et pour avoir Rachel, Jacob dut rester sept années encore dans la maison de son oncle.

Les enfants de Jacob

Le Seigneur, voyant que Jacob méprisait Lia pour sa soeur, la rendit féconde et frappa Rachel de stérilité. Jacob eut de Lia d'abord quatre fils : Ruben, Siméon, Lévi et Juda.. Bala, servante de Rachel, donna aussi à Jacob deux fils : Dan et Nephtali, tandis que Zelpha, servante de Lia, mettait au monde Gad et Azer. Lia eut encore deux fils : Issachar et Zabulon, ensuite une fille nommée Dina. Le Seigneur se souvint alors de Rachel et fit cesser sa stérilité. Elle enfanta un fils qu'elle appela Joseph, en disant : Le Seigneur m'a donc tirée de l'opprobre ! (1879.)

Retour de Jacob au pays de Chanaan

Cependant Jacob voulut retourner au pays de ses pères et demanda à Laban de le laisser partir avec ses femmes, ses enfants et une partie des troupeaux. Les fils de Laban se plaignirent que Jacob voulût enlever les biens de leur père, et quand il se fut enfui secrètement, ils se mirent à sa poursuite. Au bout de sept jours ils l'atteignirent près de la montagne de Galaad, mais Dieu leur envoya un esprit de paix, et après un sacrifice offert sur la montagne, Laban retourna dans son pays, et Jacob continua sa marche.

Arrivé non loin de Seör, dans le pays d'Edom, il envoya des messagers à son frère pour trouver grâce devant lui; mais ils revinrent en toute hâte, et lui dirent : Nous avons été vers ton frère, et le voici qui vient lui-même au-devant de toi avec 400 hommes. Jacob fut saisi de frayeur, et pour conjurer la colère d'Esaü, il prépara de riches présents. C'étaient 200 chèvres, 20 boucs, 200 brebis, 20 béliers, 30 chamelles allaitant leurs petits, 40 vaches, 20 taureaux et 20 ânesses.

Cette même nuit, Jacob veilla et traversa le torrent de Jabok; mais sur l'autre rive, il trouva un homme qui lutta avec lui jusqu'à ce que l'aube parût. Cet homme, voyant qu'il ne pouvait le vaincre, le toucha à la jointure de la hanche, et aussitôt Jacob sentit l'os remuer. L'homme lui dit alors : Laisse-moi, l'aurore va paraître. - Je ne te laisserai pas, répondit le patriarche, que tu ne m'aies béni; et l'homme dit encore : Tu ne t'appelleras plus Jacob; ton nom sera Israël (Héros de Dieu), car tu t'es conduit en héros avec les dieux et avec les hommes, et tu les as vaincus. Jacob appela ce lieu Phanuel, car c'est ici, dit-il, que j'ai vu un ange de Dieu face à face, et que je suis sorti d'avec lui la vie sauve ! Le soleil venait de se lever lorsque Jacob quitta Phanuel; il était devenu boiteux.

Quelques instants après, Jacob vit venir Esaü; avant qu'il fût proche, il se prosterna sept fois à terre; mais Esaü, courant à lui, le serra étroitement entre ses bras, en versant des larmes. Jacob offrit alors ses présents, et les deux frères se séparèrent réconciliés. Esaü retourna au pays de Seïr, tandis que Jacob vint planter ses tentes à Socoth, puis à Salem, ville du pays de Sichem, en la terre de Chanaan. Il y acheta pour 100 agneaux un champ où il dressa un autel, afin d'y adorer le Dieu de ses pères.

Un jour que Dina, sa fille, errait dans la campagne, elle fut enlevée par Sichem, fils d'Hémor, prince de cette contrée; mais ses frères Siméon et Lévi la vengèrent en massacrant le ravisseur, son père et tout son peuple. De là Jacob vint à Béthel, où il éleva un autel parce que Dieu lui était jadis apparu en cet endroit. Il y eut une seconde vision où le Seigneur lui répéta ses promesses : Tu ne seras plus nommé Jacob, mais Israël, et je te donnerai la terre que j'ai promise à Abraham et à Isaac, pour que ta race la possède après toi.

Au printemps Jacob partit encore. Il se trouvait sur le chemin qui mène à Ephrata, quand Rachel fut surprise par les douleurs de l'enfantement. Sentant que la violence du mal la faisait mourir, elle appela son fils Benoni, le fils de ma douleur; mais Jacob lui donna le nom de Benjamin, le fils de la vieillesse. Quand Jacob eut enseveli Rachel sur le chemin qui conduit à la cité d'Ephrata, appelée depuis Bethléem, il alla visiter Isaac, son père, dans la ville d'Hébron; le patriarche vécut longtemps encore; il avait 180 ans quand il mourut, ses deux fils le réunirent à son père (1850).

Joseph est vendu par ses frères

Adam et Eve

Esaü habitait au pays d'Edom, où il devint le père et le chef des Iduméens. Jacob demeura dans le pays de Chanaan, s'occupant de la culture des terres et du soin des troupeaux. Il concentrait son affection presque entière sur Joseph, le premier enfant que lui eût donné Rachel, sa femme bien-aimée, pour laquelle il avait servi deux fois sept ans. Aussi les autres fils de Jacob étaient-ils animés d'une haine violente contre leur frère. Celui-ci augmenta encore leur jalousie par la révélation de deux songes qui lui présageaient sa grandeur future : Nous étions dans un champ à lier des gerbes, leur racontait-il, mais voilà que ma gerbe se leva et demeura debout, tandis que les vôtres se prosternaient devant elle. Une autre fois : J'ai rêvé que le soleil, la lune et onze étoiles s'inclinaient devant moi. Jacob le reprit de cet orgueil, et ses frères pensèrent à s'en venger.

Un jour que Joseph était venu de la part de son père visiter les troupeaux de ses frères dans la plaine de Sichem, ils se dirent les uns aux autres : Voici le songeur qui vient, tuons-le, et nous dirons ensuite qu'une bête féroce l'a dévoré. - Ne le tuez pas, dit Ruben, ne répandez pas son sang; mais jetez-le dans la citerne qui est au désert, car il avait le dessein de le délivrer après le départ de ses frères, et de le renvoyer à Jacob. Ils le descendirent donc dans la citerne; mais une caravane d'Ismaélites qui allaient de Galaad en Egypte, portant sur leurs chameaux des parfums, de la résine et de la myrrhe, vint à passer; Juda dit alors à ses frères : Vendons Joseph à un de ces marchands, et me souillons pas nos mains, car il est notre sang et notre chair. Ils tirèrent alors Joseph de la citerne et le vendirent pour vingt pièces d'argent. Puis, prenant sa robe et l'ayant trempée dans le sang d'un chevreau, ils l'envoyèrent à leur père, en lui faisant dire : Voici une robe que nous avons trouvée : voyez si ce n'est pas celle de Joseph. Jacob la reconnut, et crut qu'une bête féroce avait dévoré son fils bien-aimé. Il déchira ses vêtements, se couvrit d'un cilice et pleura longtemps. En vain ses enfants essayèrent de le consoler : Je pleurerai toujours, leur disait-il, jusqu'à ce que j'aille me réunir à celui que j'ai perdu ! » (1862.)

Cependant les Ismaélites vendirent Joseph à Putiphar1, officier du Pharaon d'Egypte et général de ses troupes : sa femme, animée d'une passion criminelle pour le jeune Israélite, essaya d'ébranler sa vertu, et pour échapper à ses instances, il fut un jour obligé de lui abandonner son manteau qu'elle retenait. Dans la douleur d'avoir été méprisée, cette femme dit à son mari : L'esclave hébreu a voulu me faire outrage; mais à mes cris, il s'est enfui, laissant son manteau entre mes mains. Putiphar, trop crédule, fit enfermer Joseph dans le cachot où étaient détenus les prisonmiers du roi. Parmi ceux-ci se trouvaient l'échanson et le panetier du prince : chacun d'eux eut dans la même nuit un songe différent; l'échanson avait vu un cep de vigne duquel étaient sorties trois branches, et sur ces branches s'étaient peu à peu montrés des boutons, puis des fleurs, enfin des raisins mûrs; or, ces raisins, il lui avait semblé qu'il les pressait dans la coupe royale, pour la présenter ensuite au Pharaon. Dans trois jours, lui dit Joseph, le roi te rendra ta place et ton rang. Souviens-toi de moi quand tu seras heureux. Le panetier, dans son rêve, avait cru porter trois corbeilles sur sa tête : dans la plus haute il y avait toute sorte de pâtes, et les oiseaux du ciel en mangeaient. Dans trois jours, dit tristement Joseph, le Pharaon te fera trancher la tête, puis mettre en croix, et les oiseaux se nourriront de ta chair. L'événement confirma ces prédictions; mais l'échanson ne se souvint plus de celui qui les avait faites.

1. Dans la version des Septante, il est nommé Hereppig, nom qui est en effet égyptien et qui signifie : celui qui appartient à Phrée (le dieu Soleil).

Joseph devient ministre du Pharaon

Deux ans après, le Pharon eut un songe : il croyait être sur le bord du Nil. Sept vaches, grasses et belles, en sortaient et paissaient dans les marécages; sept vaches, maigres et difformes, en sortirent après elles et les dévorèrent. Dans un autre songe, il vit sept épis bien fournis qui sortaient d'une même tige; puis sept épis, grêles et desséchés par un vent brûlant, qui poussaient à côté des premiers et qui les engloutirent. Agité de tristes pressentiments, le roi appela les devins et les sages, mais nul d'entre eux ne put expliquer le songe. Alors l'échanson se souvient de Joseph; aussitôt on l'amène, et le Pharaon lui raconte ces visions qui l'effrayent. Les deux songes du roi, dit Joseph, signifient la même chose, les sept vaches grasses et belles et les sept épis bien fournis annoncent sept années d'abondance; les vaches maigres et les épis desséchés marquent sept années de famine qui suivront les années fécondes et épuiseront toutes les ressourses que celles-ci auront fournies. Il faut donc, ajouta-t-il, que le roi établisse partout des officiers chargés d'amasser dans les greniers publics la cinquième partie des fruits de la terre durant les temps de fertilité, afin que l'Egypte ne soit pas ruinée par la famine.

Le Pharaon, frappé de la sagesse de ces conseils, passa son anneau au doigt de Joseph, le fit revêtir d'une robe de lin, et lui mit un collier d'or au cou. Je suis Pharaon, dit-il à Joseph, et nul dans toute l'Egypte ne remuera le pied ni la main sans ton commandement. Puis il lui fit épouser la fille d'un prêtre d'Héliopolis; Joseph en eut deux fils, Ephraïm et Manassé, qu'il reçut avec joie en disant : Dieu m'a fait croître en prospérités dans le pays de mon affliction. (1849.)

Après les sept années d'abondance, annoncées par Joseph, vinrent les années de stérilité; et la famine fut grande en Egypte et sur toute la terre1; elle se fit sentir au pays de Chanaan où habitait Jacob, et ce patriarche ayant ouï dire qu'on vendait du blé en Egypte, y envoya ses dix premiers nés pour en acheter. Auprès de lui, il n'avait gardé que Benjamin, dans la crainte, s'il le laissait aller, qu'il ne lui arrivât malheur.

Les dix enfants de Jacob allèrent donc trouver le premier ministre du Pharaon, sans savoir qu'il fût leur frère. Mais Joseph les avait reconnus. Il affecta de leur parler durement, et il les traitait d'espions. Mon seigneur, répondirent ses frères, vos serviteurs ne sont venus ici que pour acheter du blé; nous sommes douze frères, enfants d'un même pasteur au pays de Chanaan; le dernier est resté avec notre père, mais l'autre n'est plus. - Je saurai si vous avez dit vrai, reprit Joseph, que l'un d'entre vous aille chercher votre frère; les autres resteront en prison jusqu'à son arrivée. Le troisième jour il parut changer de pensée et leur dit : L'un de vous seulement demeurera comme otage emportez votre blé, mais ramenez votre plus jeune frère, afin de confirmer votre parole et de sauver celui-ci. Il montrait Siméon qu'on enchaînait sous leurs yeux, puis il leur permit de partir.

De retour au pays de Chanaan, les neuf frères racontèrent à Jacob les événements du voyage et la promesse qu'ils avaient faite au ministre du Pharaon. Jacob leur dit : Vous m'avez enlevé les plus chers de mes fils : Joseph n'est plus, Siméon est captif, vous voulez prendre encore Benjamin ! Non, mon fils n'ira point avec vous en Egypte; ce voyage pourrait lui être funeste, et je descendrais trop malheureux au tombeau !

Cependant la famine se faisait toujours sentir au pays de Chanaam. Jacob pressait ses fils de retourner en Egypte, mais ils ne voulurent pas partir sans Benjamin. Juda dit à Jacob : C'est moi qui serai garant pour Benjamin, c'est à moi que tu le redemanderas, et si je ne te le ramène, que je sois à jamais coupable devant toi. - Partez donc, dit Jacob. Cette fois, Joseph reçut ses frères avec bonté; il les fit asseoir à sa table, et tous s'étonnaient que la part de Benjamin fût cinq fois plus grande que celle de chacun d'entre eux. Mais Joseph voulut encore éprouver ses frères; il dit à son intendant de mettre sa coupe d'argent dans le sac du plus jeune, et lorsqu'ils se furent éloignés, l'intendant se mit à leur poursuite et les arrêta en disant : Pour quoi avez-vous rendu le mal pour le bien ? Vous avez dérobé la coupe de mon maître. Tous répondirent : Nous n'avons pas fait une pareille chose, si quelqu'un de nous a cette coupe, qu'il meure, et nous, nous serons esclaves de ton seigneur. L'intendant fouilla les sacs et trouva la coupe dans celui de Benjamin; ses frères déchirèrent leurs habits et retournèrent à la ville, pleins de douleur. Dieu a prouvé l'iniquité de tes serviteurs. Nous voici tes esclaves, dirent-ils à Joseph. Mais il leur répondit : L'homme entre les mains duquel on a trouvé la coupe restera seul auprès de moi. Quant à vous, retournez en paix vers votre père. Juda s'approcha et lui dit : Permets que ton serviteur reste esclave à la place de Benjamin; j'ai répondu de sa vie à Jacob, et comment pourrai-je retourner près de lui si Benjamin n'est pas avec moi ? Joseph ne put se contenir davantage; il s'écria : Faites sortir tout le monde d'auprès de moi. Puis sa voix éclata en pleurs : Je suis Joseph, mon père vit-il encore ? Approchez et ne vous affligez pas de m'avoir vendu; c'est Dieu qui voulait m'envoyer où je suis venu, afin que je pourvusse à votre conservation; car, pendant cinq années encore, il n'y aura ni culture ni moisson. Hâtez-vous donc d'aller vers mon père, et qu'il descende vers moi; je lui ferai donner la terre de Gessen, fertile en pâturages. Ensuite il serra Benjamin dans ses bras, et embrassa tendrement tous ses frères. Le bruit de cette reconnaissance se répandit.

Le Pharaon et sa cour prirent part à la joie du ministre, et d'après l'ordre de son seigneur, Joseph combla ses frères et surtout Benjamin de riches présents; il leur donna des chars, des vivres pour le voyage et le retour, et envoya à son père dix ânes chargés de ce qu'il y avait de plus précieux en Egypte.

1. Les annales chinoises placent à la date 1766-1760 une sécheresse et une famine de sept années.

Joseph établit les Hébreux dans la terre de Gessen

Adam et Eve
Jacob reconnaît les vêtements de Joseph
Novoskoltsev

Jacob ne pouvait croire au récit de ses fils; mais quand il vit les chars et les présents, il se ranima et dit : Mon fils Joseph vit encore ! Je veux aller et le voir avant de mourir. Il partit aussitôt, accompagné de tous les siens. Joseph, averti de son approche, vint à sa rencontre jusqu'au pays de Gessen. Maintenant je puis mourir, disait le patriarche, puisque j'ai vu ton visage. - Je vais annoncer votre arrivée au Pharaon, dit Joseph à son père et à ses frères, et lorsqu'il vous appellera et vous demandera quel est votre état, vous direz : Vos serviteurs ont été, comme leurs pères, toujours occupés du soin des troupeaux, afin qu'il vous établisse au pays de Gessen. C'est ainsi que Jacob et ses descendants, au nombre de soixante-six, reçurent cette terre fertile aux extrémités de l'Egypte, entre la mer Rouge et le Nil, et grâce aux bienfaits de Joseph, ils n'y souffrirent pas durant les années de famine (1840).

On reconnut alors, en effet, la sage prévoyance du ministre : tous les greniers du roi s'étaient trouvés remplis quand la disette était arrivée, et les peuples avaient livré leur argent au Pharaon pour qu'il leur donnât du blé en échange. L'argent épuisé, ils abandonnèrent leurs troupeaux, puis leurs champs, enfin leur liberté, de sorte que toute l'Egypte devint la propriété du roi, à l'exception des domaines de la caste sacerdotale. Joseph alors leur donna des grains pour ensemencer la terre, à condition qu'ils rendraient au roi la cinquième partie des récoltes, et depuis ce jour, cette loi n'a pas cessé d'être en vigueur en Egypte.

Mort de Jacob; ses promesses à son peuple

Cependant Jacob ne perdait pas le souvenir de la terre promise, et lorsqu'il sentit approcher la mort, il appela son fils et lui dit : Jure-moi que tu ne m'enseveliras pas en Egypte, mais dans le tombeau de mes pères, pour que je dorme avec eux, Joseph le jura et fit approcher ses deux fils, Ephraïm et Manassé. Lorsqu'il vit Jacob poser, en les bénissant, sa main droite sur la tête d'Ephraïm, le plus jeune, il souleva doucement la main tremblante du vieillard et voulut la porter sur la tête de Manassé; mais au premier mot de son père il se soumit et en reçut la promesse que deux tribus sortiraient de ses deux fils; qu'Ephraïm serait plus nombreux et plus fort, et que sa postérité se multiplierait parmi les nations. -

Le patriarche donna ensuite à chacun de ses enfants ses bénédictions prophétiques : Approchez et écoutez-moi, fils de Jacob, écoutez Israël, écoutez votre père : Ruben, mon premier-né, tu es fort, mais superbe; ton droit, qui devait te rendre le premier en pouvoir, fuit devant toi comme la vague orgueilleuse. Tu n'es plus le premier : car tu as offensé ton père.

Siméon et Lévi, vous avez consommé l'iniquité, et parce que vous vous êtes endurcis dans votre colère, je vous diviserai dans Jacob, je vous disperserai dans Israël.

Juda, tes frères te loueront, les fils de ton père se prosterneront devant toi, et ta main pèsera sur la tête de tes ennemis. Juda est un jeune lion; comme le germe, ô mon fils, tu as brisé l'enveloppe, et tu t'es élevé; comme un lion, tu t'es reposé et tu dors. Qui osera le réveiller ? Jamais le bâton du commandement ne sortira des mains de Juda, jusqu'à ce que s'accomplissent les choses qui reposent sur lui, lui, l'attente des nations1.

Zabulon habitera vers la mer et près du port des navires.

Issachar s'est assis sur son héritage et s'est mis à labourer la terre.

Comme un serpent étendu dans la voie, Dan mordra le cheval, et le cavalier se renversera en arrière.

Gad, tu seras assailli par des hordes nombreuses et tu les attaqueras.

Azer, ton pain sera succulent, et toi-même tu seras la joie des princes.

Nephthali, branche coupée, tu crois encore en beauté.

Joseph, mon fils bien-aimé, reviens à moi. Ils tramaient contre toi de perfides desseins, et les forts, armés de l'arc, te menaçaient. Mais leurs flèches ont été brisées, et la main du Dieu de Jacob a déchiré les nerfs de leurs bras.

Benjamin est un loup ravisseur. Au matin, il dévore encore sa proie, et le soir il partage les dépouilles.

Lorsque Jacob eut ainsi parlé, il leur commanda de le porter après sa mort au tombeau de ses pères, dans la double caverne de la vallée de Mambré. Joseph fit embaumer son corps selon la coutume d'Egypte, ce qui dura quarante jours, et quand tout le royaume eut pleuré Jacob soixante et dix jours, Joseph partit pour l'ensevelir avec ses pères. La cour du Pharaon, les anciens d'Egypte suivirent sur leurs chars la pompe funèbre jusqu'aux frontières du royaume, puis le reste du cortège prit le chemin de Chanaan. Un nouveau deuil y fut célébré pendant sept jours. Ensuite le corps de Jacob fut déposé dans le champ d'Ephron où avaient été ensevelis déjà Abraham et Sara, Isaac et Rébecca, et où Jacob lui-même avait porté Lia, sa première femme (1823).

Après s'être acquitté de ce pieux devoir, Joseph revint en Egypte. Il y vieillit en paix et plein de gloire, et vit naître les enfants de ses petits-enfants. Enfin, se sentant mourir, à l'âge de cent dix ans (1770), il dit à ses frères : Dieu vous visitera après ma mort, et il vous ramènera de cette terre en celle qu'il a montrée à Abraham, à Isaac et à Jacob, et alors vous emporterez avec vous mes os. Moïse, en effet, emporta ses restes, et après la conquête de la terre promise, ils furent ensevelis dans le champ de Sichem que Jacob avait acheté cent agneaux aux Amorrhéens.

1. Herder traduit, d'après le texte hébreu : Le bâton de conducteur en chef ne quittera jamais Juda; le bâton de héros le suivra dans tous ses voyages, jusqu'à ce qu'il soit arrivé au lieu de repos, et que les peuples lui soient soumis.

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