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   David  (1056-1016)   

Guerre contre Isboseth

David avait trente ans quand Saül mourut. Encore incertain sur ce qu'il devait faire, il consulta l'Eternel, et reçut l'ordre de s'établir à Hébron, où la tribu de Juda le reconnut roi. Mais tout le reste d'Israël choisit Isboseth, fils de Saül; et les deux prétendants se firent, pendant sept années, une guerre sanglante, où leurs deux généraux, Joab pour David et Abner pour Isboseth, signalèrent leur habileté et leur courage. Dans une de ces nombreuses rencontres, Abner tua le frère de Joab, Azaël, qui devançait à la course les chevreuils des bois. Mais un jour Isboseth, oubliant sa position précaire, outragea son habile lieutenant, qui l'abandonna aussitôt et promit à son rival de ranger tout Israël sous son obéissance. Cet important service eüt rendu Abner tout-puissant auprès de David; pressé à la fois par la jalousie et la haine, Joab le tua à la porte d'Hébron. David, dont la puissance était encore mal affermie, ne pouvait punir ce meurtre; mais il honora la mémoire d'Abner par un deuil public. Je suis innocent de la mort d'Abner, s'écria-t-il devant tout le peuple; que son sang retombe sur la tête de Joab, et que dans ta maison, O Joab, il y ait à jamais des lépreux et des mendiants, des hommes qui tiennent le fuseau, et des hommes qui tombent sous le glaive.

"Déchirez vos vêtements, enveloppez-vous de sacs, et pleurez sur Abner.

"Il n'est point mort comme les lâches, ses mains n'étaient pas liées, ses pieds n'étaient pas enchaînés. Il est tombé comme un homme vaillant devant les fils de l'iniquité.»

Ainsi, tout le peuple connut que David n'avait pas pris part au meurtre d'Abner. Le roi disait encore à ses serviteurs : Ne voyez-vous pas qu'un grand chef est mort aujourd'hui dans Israël? Ces enfants de Sarvia aiment trop la violence ! Que le Seigneur rende au méchant le mal qu'il a fait.

A quelque temps de là, Isboseth lui-même périt assassiné par deux chefs de mercenaires, qui apportèrent sa tête à David, pensant recevoir une riche récompense; le pieux roi indigné les fit mourir. Cependant cet événement lui assura la couronne. Toutes les tribus réunies à Hébron le reconnurent en effet pour seul roi d'Israël.

Prise de Sion

Il se hâta de justifier ce choix par des victoires, et attaqua Jérusalem dont la partie haute était encore au pouvoir des Jébuséens. Il s'empara de leur forteresse élevée sur la colline de Sion, et songeant déjà à faire de sa conquête sa capitale, il s'y fit élever un palais magnifique par les ouvriers et avec les matériaux que Hiram, roi de Tyr, lui envoya. Si David voulait bâtir une cité florissante, ce site était malheureusement choisi, loin de la mer et au milieu de campagnes stériles, dans un désert de pierres. Mais les Juifs ne devaient être ni un peuple industrieux ni un peuple commerçant, et il est tout naturel que le chef de ce peuple persécuté ait fixé sa demeure dans cette inaccessible retraite, entre les deux tribus qui lui étaient toujours restées fidèles. Quelques uns, sans doute dans le peuple, s'étonnèrent de la prédilection de David pour un séjour triste et misérable; car, dans le psaume soixante-huitième, il annonce que Dieu, dédaignant les cimes superbes de Basan, viendra faire sa demeure sur l'humble montagne de Sion.

"Dieu s'est levé, et devant sa face ses ennemis se sont enfuis; comme le vent dissipe la fumée, comme le feu fond la cire, ainsi, sous son regard, ils ont disparu.

"Chantez les louanges du Seigneur ! Chantez son saint nom !

Collines, pourquoi regardez-vous d'un air si envieux ce mont que Dieu s'est choisi pour sa demeure ? Il y habitera éternellement, et les rois viendront lui offrir des présents dans son temple de Jérusalem."

Cependant les Philistins avaient repris les hostilités, et s'étaient avancés jusqu'à la vallée de Réphaïm. David marcha à leur rencontre, gagna sur eux deux batailles et prit leurs villes qu'il livra aux flammes. Dans cette guerre, David, un instant entouré par l'armée ennemie, près de la caverne d'Odollam, s'y était trouvé pressé par la soif, et il lui était échappé de dire : Oh! si quelqu'un pouvait me donner un peu d'eau de la citerne de Bethléhem ! Or, il avait près de lui les trois plus vaillants hommes d'Israël, Jesbaam, Eléazar et Semma. Ayant entendu les paroles du roi, ils traversèrent tout le camp des Philistins, puisèrent de l'eau à la citerne et la rapportèrent à leur prince. A Dieu ne plaise, s'écria David, que je boive le sang de ces vaillants hommes! et il répandit l'eau en l'offrant au Seigneur.

Translation de l'arche à Jérusalem

Translation de l'arche
Translation de l'arche

L'arche sainte était encore à Gabaa, dans la maison du lévite Abinadab. David comprit qu'il y allait à la fois de son honneur et de son intérêt que ce symbole de l'unité nationale, que ce monument auquel se rattachaient les traditions et la foi du peuple, ne restât pas dans ce honteux abandon; et il fit ce voeu : Je n'entrerai pas dans ma maison, je ne monterai pas sur le lit qui m'est préparé, et je ne donnerai ni le repos à mes yeux ni le sommeil à mes paupières, jusqu'à ce que j'ai trouvé une demeure pour l'Eternel, un tabernacle pour le Dieu de Jacob.

Nous avons trouvé l'arche dans les champs sauvages de Jahar. Nous entrerons dans le tabernacle du Seigneur; nous l'adorerons dans le lieu que ses pieds ont touché.

Levez-vous, Seigneur, pour entrer au lieu de votre repos, vous et l'arche où votre sainteté éclate.

Pour que l'arche et la nouvelle royauté se protégeassent mutuellement, David voulait faire transporter le monument de l'alliance à Jérusalem, qu'il destinait à devenir le centre du culte et du gouvernement. On mit l'arche sur un chariot neuf que conduisirent Oza et ses frères, fils d'Abinadab; tout Israël l'accompagnait au son des harpes et des lyres, au bruit des tambours et des timballes. Mais, pendant la route, les boeufs firent brusquement reculer le chariot, et l'arche parut près de tomber; Oza y porta la main pour la retenir; au même instant Dieu le punit de son audace et de son manque de foi en le frappant de mort. David, épouvanté de ce châtiment, craignit de conduire l'arche à Jérusalem avant d'avoir préparé un lieu pour la recevoir, et il la fit entrer à Geth dans la maison d'Abeddara; mais bientôt, justement jaloux des bénédictions que le Seigneur répandait chaque jour sur cette famille, David, au bout de trois mois, reprit son projet. Il avait fait dresser un tabernacle dans la forteresse de Sion; l'arche sainte y fut conduite en grande pompe avec les rites institués par Moïse, au milieu des transports de la joie publique. Le roi lui-même, sans couronne et sans sceptre, vêtu d'un éphod de lin, comme un simple lévite, dansait devant l'arche et chantait les louanges du Seigneur. En approchant de la montagne de Sion, il entonna ce cantique que, dans la suite, le peuple répéta aux fêtes solennelles :
"La terre est au Seigneur, la terre dans son immensité, avec tous ceux qui l'habitent; car il l'a fondée au-dessus des grandes eaux; il l'a consolidée au-dessus des fleuves.
Qui pourra monter sur la montagne du Seigneur ! Qui pourra s'arrêter dans son saint lieu. Celui-là dont les mains ne sont pas souillées, celui-là dont le coeur est pur.
Voici tout un peuple qui cherche la face du Dieu de Jacob. Ouvrez vos portes, O princes! Ouvrez-vous, portes éternelles, et le roi de gloire entrera !
Quel est ce roi de gloire ? C'est le Seigneur vaillant et fort, le Dieu puissant dans les combats.
Ouvrez vos portes, O princes! Ouvrez-vous, portes éternelles, et le roi de gloire entrera !
Quel est ce roi de gloire ? C'est le Dieu des armées !"

Un autre cantique! Montre cette réunion dont nous parlions tout à l'heure des deux chefs du peuple, Seigneur, le maître invisible, et le roi, son représentant sensible :
"Seigneur a dit au roi : Assieds-toi à ma droite jusqu'à ce que j'aie réduit tes ennemis à te servir de marchepied. Du haut de Sion le Seigneur a étendu le sceptre de sa puissance et il lui a dit : Tu demeureras au milieu de tes ennemis; tu seras mon prêtre pour l'éternité.
Au jour de sa colère, le Seigneur, qui est assis à sa droite, brisera la tête des rois; il jugera les mations, il couvrira la terre de ruines, et nombre de chefs seront gisants écrasés.
Alors, comme le guerrier victorieux, il boira au bord du chemin l'eau du torrent, puis relèvera sa tête altière".

Le tabernacle préparé à Sion n'était encore pour l'arche qu'une demeure provisoire. David s'indignait d'être plus magnifiquement logé que le Seigneur.

"Regarde, disait-il un jour au prophète Nathan, j'habite dans une maison de cèdre, et l'arche de l'Eternel demeure sous une tente. Il voulait élever un temple superbe, mais le prophète, en lui annonçant de la part de Dieu que le sceptre ne sortirait pas de sa maison dans toute la durée des siècles, lui apprit aussi que le grand ouvrage de la construction du temple était réservé à son fils.

Victoires de David

Malgré ses dernières victoires, Israël payait toujours tribut aux Philistins. David ne pouvait consentir à supporter plus longtemps cette honte; il reprit les armes et affranchit son peuple de cette servitude. Les Philistins, une première fois battus dans la vallée de Réphaïm, avaient été refoulés, après une seconde affaire, jusqu'aux murs de Gazer. Plus tard ils perdirent même le territoire de Geth.

David défit aussi les Moabites et extermina la moitié de ce peuple, l'autre lui paya tribut. Entre les Philistins et les Moabites, deux autres peuples habitaient au Sud de Juda, les Amalécites et les Iduméens; David les soumit. Les fils d'Ammon, au Nord de Moab, allaient avoir bientôt le même Sort.

Mais son plus redoutable adversaire fut le Syrien Adraazar, roi de Soba. David tailla en pièces les armées de ce prince, non loin de l'Euphrate, et lui prit dix-sept cents chevaux et vingt mille hommes de pied. De cette victoire il courut à une autre, mit en déroute les troupes de Damas venues au secours d'Adraazar, tua vingt-deux mille hommes et assujettit à ses armes la Syrie damascéenne, où il laissa des garnisons. Thoü, roi de Hamath et ennemi du roi de Soba, apprenant sa défaite et celle de ses alliés, envoya son fils avec de riches présents pour complimenter le vainqueur. Ces dons, ainsi que les plus belles dépouilles du butin fait sur les ennemis, furent consacrés au Seigneur.

Après ces grands coups frappés au Nord de son royaume, David alla appesantir le joug d'Israël sur les peuples du Sud; il tua dix-huit mille Iduméens dans la vallée des Salines, et mit des garnisons dans tout leur pays, afin de s'assurer des routes qui conduisaient à la mer Rouge.

A l'Est d'Israël un peuple puissant restait encore indépendant, les Ammonites; mais David se souvenait des services que Nahas, leur roi, lui avait jadis rendus, et de ce côté il retenait ses armes. Cependant Nahas mourut. A cette nouvelle, David envoya des ambassadeurs à Hannon, son fils et son successeur, pour lui porter des consolations; mais, excité par les grands du pays, Hannon traita ces envoyés comme des espions, et leur fit subir de cruels outrages. Il comprit cependant que le roi d'Israël voudrait venger cette injure, et il leva une armée puissante à laquelle se joignirent trente-trois mille hommes envoyés par les Syriens et par ses autres alliés. Une double victoire de Joab et d'Abissaï, son frère, généraux de David, rompit cette ligue; mais les Syriens, craignant alors pour eux-mêmes, formèrent une coalition puissante qui embrassa tous les peuples établis du jourdain à l'Euphrate. Il vint même des troupes des pays situés au-delà de ce fleuve, dans la Syrie des rivières. Adraazar était encore à la tête de l'armée confédérée. A cette ligue, le roi des Juifs répondit par le dédain et d'éloquentes menaces :
Pourquoi ce frémissement des nations ? Pourquoi ces vains projets des peuples !
Les rois de la terre se sont levés, les princes s'unissent contre le Seigneur et son Christ.
Rompons, disent-ils, les liens dont ils nous enchaînent; rejetons loin de nous leur joug.
Mais celui qui habite au ciel se rit d'eux et les raille.
Il leur parlera dans sa colère; il les dispersera dans sa fureur.
Moi qu'il a établi roi sur Sion, sur sa montagne sainte, j'annonce ses commandements. Le Seigneur m'a dit : Tu es mon fils; aujourd'hui tu renais de moi.
Demande-moi, et je te donnerai les nations pour héritage, les bornes du monde pour propriété; tu les gouverneras avec une verge de fer; tu les briseras comme le vase du potier.
Et maintenant comprenez, rois de la terre! Instruisez vous, vous qui jugez les nations ! Servez le Seigneur dans la crainte, acceptez ses commandements de peur qu'il ne s'irrite et que vous ne périssiez; car voici sa colère qui s'enflamme. Heureux alors celui qui aura mis en lui sa confiance!"

Cependant David voulut cette fois commander lui-même. Il passa le Jourdain, et tailla en pièces à Hélam sept cents chariots, quarante mille cavaliers, blessa à mort Sobach, général de l'armée ennemie, et, par sa victoire, resta maître de ces immenses contrées, dont tous les princes reconnurent son empire.

Libre alors de tourner ses forces contre les Ammonites, il envoya Joab avec ses officiers et toutes les troupes d'Israël pour ravager le territoire ennemi et assiéger Rabbath, leur capitale. Quand la ville fut sur le point de céder aux efforts des assaillants, David arriva avec de nouvelles troupes, et elle fut enlevée sous ses yeux. Tous les habitants périrent au milieu d'affreuses tortures1; les autres villes des Ammonites eurent le même sort.

1. Les uns furent sciés ou écrasés sous des chariots, les autres jetés vivants dans des fours. Ces cruautés étaient du reste réciproques et appartiennent au temps. Quand les habitants de Jabès, assiégés par les Ammonites, offrirent de se rendre, il leur fut répondu qu'on écouterait leurs propositions quand ils se seraient chacun crevé un oeil. Voyez dans Amos, I, 13, cqmment les Ammonites se conduisaient en pays conquis. Voyez ci-dessus, p. 99, les paroles d'Adonibezec.

Bethsabée et Urie

Balaam
Nathan et David

Mais pendant qu'il était encore à Jérusalem, il avait commis un double crime qu'il devait expier par les malheurs de ses dernières années. Du haut de son palais, il avait vu, sur la terrasse d'une maison voisine, Bethsabée, femme d'Urie, l'un de ses plus braves officiers; et cette vue avait allumé dans son coeur une passion coupable; mais le secret ne pouvait être gardé longtemps. A cette faute, il ajouta un crime, il envoya à Joab l'ordre d'exposer Urie au plus fort de la mêlée, et de l'abandonner aux coups de l'ennemi. Cet ordre, Urie lui-même le porta; et lorsqu'il eut été exécuté, le roi épousa Bethsabée; elle en eut un fils qu'elle avait conçu dans sa faute. Une année s'écoula sans que le Seigneur manifestât sa colère. Mais le prophète Nathan se présenta enfin devant le coupable, et lui dit :
"Il y avait deux hommes dans une ville, l'un était riche, l'autre pauvre. Le riche avait de nombreux troupeaux de boeufs et de moutons, le pauvre rien qu'une toute petite brebis, qu'il avait nourrie et qui grandissait avec ses enfants : elle mangeait le pain dans sa main; elle venait boire à sa coupe, et elle dormait dans son sein. Or, un étranger étant venu chez le riche, celui-ci n'alla pas, pour faire honneur à son hôte, choisir dans ses troupeaux un boeuf ou un mouton, mais il prit la brebis du pauvre, la tua, et la fit manger à l'étranger." David s'indigna à ce récit : "Cet homme", dit-il, "mérite la mort; qu'il rende au septuple.- Cet homme", reprit le prophète, "c'est toi : Je t'ai donné", dit le Seigneur, "Israël et Juda, et si tu trouves que cela est peu, à ces terres j'en ajouterai d'autres. Mais pourquoi as-tu méprisé ma parole ? Tu as pris la femme d'Urie, et tu as tué Urie par le glaive des enfants d'Ammon. Maintenant donc le glaive ne quittera point ta maison; le mal sortira de ta famille contre toi; tes femmes seront prises à tes yeux, et données à ton prochain : tu me mourras point, mais le fils qui est né mourra."
David, effrayé, jeûna et pria le Seigneur; mais la menace devait s'accomplir, et le septième jour, l'enfant de Bethsabée mourut.

Révolte d'Absalon

Les autres châtiments annoncés suivirent de près. Ammon, fils aîné de David, fit violence à Thamar, et périt assassiné par son frère, Absalon, qui vengea sur lui cet outrage. Absalon s'enfuit auprès du roi de Gessur, et resta trois ans dans l'exil. Au bout de ce temps, Joab suborna une femme qui vint se jeter aux pieds du roi en disant : "Dans une querelle, l'un de mes fils a tué l'autre, et s'est enfui; mais les parents du mort veulent le venger sur son meurtrier. Il ne restera donc plus personne de notre maison. - Allez", dit le roi, "que votre fils revienne, il ne tombera pas un cheveu de sa tête. - Que mon Seigneur", ajouta cette femme, "me permette encore une parole : Nous mourrons tous; comme les eaux répandues, notre vie s'écoule; O roi ! Pourquoi refuser au peuple de Dieu la grâce que vous m'accordez? David céda; Absalon revint, mais plein de haine et d'ambition. Il ne travailla qu'à soulever secrètement le peuple contre son père. Un jour, il demanda la permission d'aller sacrifier à Hébron, et à peine était-il sorti de Jérusalem qu'une conspiration formidable éclata. David fut réduit à quitter sa capitale. Suivi de ses gardes et de quelques serviteurs fidèles, il traversa le torrent de Cédron, gravit en pleurant la montagne des Oliviers, et prit la route du désert. Il avait emmené l'arche d'alliance; craignant pour elle les hasards de la guerre, il la renvoya à Jérusalem. Comme il s'approchait de Baurim, un homme, appelé Séméi, de la race de Saûl, lui jeta des pierres et le maudit, en disant : "Sors, sors, homme de sang, homme de Bélial; le Seigneur fait retomber sur toi le sang de la maison de Saül; il donne ton royaume à ton fils Absalon, et tu te vois accablé des maux que tu as faits." Abisaï voulait tuer Séméi, David le retint et dit : "Laissez-le faire; laissez-le maudire; peut-être le Seigneur regardera mon affliction, et me rendra quelque bien pour ces malédictions que je reçois aujourd'hui".

Il continua son chemin accompagné de ses gens et de Séméi, qui marchait par le haut de la colline et le suivait en le maudissant, en lui jetant des pierres et le couvrant de poussière. Il arriva enfin épuisé de fatigue en un lieu où il put prendre quelque repos. Peut-être fut-ce là qu'il adressa au Seigneur cette prière :
"Seigneur! Ne me rejetez pas dans votre fureur; ne me punissez pas dans votre colère !
Ayez pitié de moi, car je suis faible; guérissez-moi, car mes os tressaillent.
Tournez-vous vers moi, Seigneur ! Retirez mon âme de l'affliction, car, dans la mort, qui se souvient de votre nom ? Dans l'empire des ombres, qui confessera votre magnificence ?
Je me suis épuisé en gémissements; chaque nuit, j'ai arrosé ma couche de mes larmes. Le chagrin a obscurci mes yeux, et j'ai vieilli de douleur au milieu des ennemis qui m'entourent".

Mais après s'être ainsi élevé à Dieu, l'espérance renaît en lui.

"Retirez-vous loin de moi", s'écrie-t-il, "vous tous qui vivez dans l'iniquité, car le Seigneur a entendu la voix de mes larmes, le Seigneur a reçu ma prière".

Cependant Absalon était entré dans Jérusalem et accomplissait à la lettre les menaces que le prophète Nathan avait faites à David; mais il perdit un temps précieux, et, malgré le conseil d'Achitopel, il ne poursuivit pas son père, alors qu'il eût pu l'accabler. Quand il franchit enfin le Jourdain il était trop tard, David avait eu le temps de réunir une nombreuse armée. La bataille se donna dans la forêt d'Ephraïm. Vingt mille hommes des troupes d'Absalon restèrent sur la place; lui-même il fuyait sur sa mule lorsqu'en passant sous un chêne touffu, sa longue chevelure s'embarrassa dans les branches et il resta suspendu entre le ciel et la terre. Joab, averti par un soldat, accourut aussitôt, et, malgré l'expresse défense du roi, il le perça de trois dards; dix écuyers de sa suite l'achevèrent.

En apprenant la mort du rebelle qu'il ne pouvait s'empêcher d'aimer, David fondit en larmes, et on l'entendit répéter sans cesse : "Mon fils, mon fils, que ne puis-je donner ma vie pour la tienne !" A l'exemple de son roi, le peuple pleura sur cette victoire changée en deuil, et les troupes rentrèrent dans Mahanaïm en silence, comme après une défaite. Mais les durs reproches de l'impérieux Joab forcèrent David à cacher sa douleur et à s'occuper des soins du gouvernement.

Dernières années de David

David
David

Tout Israël s'était de nouveau rangé sous ses lois, quand, aux bords du Jourdain, une querelle s'éleva entre Israël et Juda qui se disputaient l'honneur de faire passer le fleuve au roi. Séba, fils de Bochri, de la tribu de Benjamin, sonna de la trompette et s'écria : "Nous n'attendons rien du fils d'Isaï; à tes tentes, Israël," et tout Israël le suivit. David se hâta de rentrer dans Jérusalem, et envoya aussitôt des troupes contre Séba pour étouffer cette dangereuse révolte dans laquelle se montrait déjà cette jalousie fatale de Juda et des autres tribus. Les habitants de la ville où Séba s'était retiré jetèrent sa tête par-dessus les murailles ;- Joab leva aussitôt le siège et vint annoncer au roi la mort du rebelle et la paix d'Israël.

D'autres guerres attendaient David. Les Philistins avaient repris les armes, et quatre fois il fallut marcher contre eux; mais Israël sortit victorieux de cette lutte contre son éternel ennemi. Le roi-prophète célébra ainsi son dernier triomphe :
"Le Seigneur est ma forteresse; le Seigneur est le rocher où ma puissance est assise. Il me défend, il me sauve de tous mes ennemis.
Les frayeurs de la mort m'ont saisi, le torrent des iniquités a coulé vers moi. Mais j'ai crié au Seigneur; il a entendu ma voix, et la terre s'est troublée, le ciel a chancelé sur sa base.
Il est descendu; les chérubins le portaient; il volait sur l'aile des vents.
Ses flèches sont parties et ils se sont dissipés; l'éclair a brillé, et ils sont tombés frappés d'épouvante.
Au souffle de sa colère, la mer entr'ouverte a laissé voir ses abîmes, le monde a montré ses fondements.
Sa main m'a retiré du courant des grandes eaux, sa main m'a enlevé du milieu de mes ennemis.
Car il sauvera les faibles, il humiliera les superbes.
Seigneur, vous êtes ma lumière; Seigneur, vous éclairez nos ténèbres.
Avec vous, je suis prêt au combat; avec vous, je franchirai les murailles.
Qui est fort, si ce n'est le Seigneur ? C'est lui, le puissant, qui a mis dans mon bras la force des arcs d'airain, et dans mes pieds la vitesse des cerfs.
Mes ennemis crieront, mais le Seigneur ne les entendra pas.
Je les ai broyés comme la poussière des sentiers, je les ai foulés aux pieds comme la boue des rues.
Béni soit le Seigneur, le Dieu du salut."

Des pensées d'orgueil s'élevèrent alors dans le coeur du roi, vainqueur des rebelles et des ennemis du dehors. Il osa, sans l'ordre exprès du Seigneur, faire le dénombrement d'Israël. Il se trouva cinq cent mille hommes en état de combattre dans Juda, et huit cent mille dans des autres tribus1. Mais aussitôt le prophète Gad vint au nom de l'Eternel lui ordonner de choisir entre trois fléaux, ou une famine de sept ans, ou une guerre de trois mois, ou une peste de trois jours. "Il vaut mieux", répondit David, "tomber entre les mains d'un Dieu plein de miséricorde qu'entre celles des hommes," et il préféra la peste, qui fit périr soixante et dix mille Israélites. A la vue d'un désastre aussi grand, David s'écria : Seigneur, seul j'ai péché, épargnez ce peuple innocent et que votre main s'appesantisse sur moi et ma famille." Le Seigneur, apaisé par son humble prière, lui ordonna d'élever un autel, et des holocaustes firent cesser le fléau.

David avançait en âge, lorsqu'un dernier chagrin vint troubler ses vieux jours. Adonias, l'aîné de ses enfants, aspirait ouvertement au trône avec l'appui de Joab et celui d'Abiathar, le souverain sacrificateur : mais Salomon, le second fils de Bethsabée, était marqué d'en haut pour succéder au trône d'Israël; aussi David, averti de la conspiration, ordonna de le sacrer en présence du peuple, dont les acclamations unanimes apprirent à Adonias qu'il ne lui restait qu'à implorer le pardon de sa folle tentative.

Cependant David sentait arriver sa fin prochaine. Une plainte douce et triste s'échappa de ses lèvres mourantes.

"Seigneur, écoutez ma prière !
Mes jours se sont évanouis comme la fumée que le vent dissipe, je suis comme l'herbe des champs que le soleil a fanée.
Le pélican vit dans la solitude, l'oiseau des nuits habite les ruines; ainsi qu'eux j'ai vieilli dans la tristesse.
Mon pain était la cendre et j'ai bu mes larmes, parce qu'après m'avoir élevé, Seigneur, vous m'avez brisé.
Mes jours ont passé comme l'ombre; je me dessèche comme l'herbe flétrie; mais vous, Seigneur, vous régnez éternellement.
Vous aurez pitié de Sion, car le temps viendra d'avoir pour elle miséricorde.
Du haut de votre sainte montagne, vous regarderez sur la terre, vous entendrez les gémissements des captifs et vous briserez leurs chaînes, pour qu'ils annoncent dans Sion le nom du Seigneur, pour qu'ils chantent ses louanges dans Jérusalem, où les rois et les nations réunis serviront l'Eternel.
Avant que ceci arrive, mes forces seront évanouies, mes jours seront usés. Pourquoi te dirais-je : O mon Dieu, ne m'enlevez pas ainsi du milieu de ma route ! Vos années seules se renouvellent de génération en génération. Au commencement des choses vous créâtes le monde, les cieux sont l'ouvre de vos mains.
Mais les cieux eux-mêmes périront. Ils vieillissent; un jour vous les roulerez comme un manteau vieilli et inutile, et des cieux nouveaux paraîtront. Vous seul êtes toujours semblable à vous-même, et vos années sont sans fin.
Les enfants de tes serviteurs aussi vivront et tu garderas leur race pour l'éternité.»

Ses dernières paroles furent un chant d'espérance. Déjà se formait l'idée d'un avenir meilleur, d'une prospérité plus grande.
"Voici les dernières paroles de David, de David, cet homme fidèle, ce chantre glorieux des cantiques d'Israël :
L'esprit de Dieu parle en moi, sa voix est sur me lèvres.
Un prince juste, un roi dans la crainte de Dieu se lévera comme l'aube matinale; il se lévera comme le soleil du matin. Devant son éclat les nuées brumeuses disparaîtront, et les plantes naîtront de la terre humide de rosée"
.

"Ainsi ma maison sera consolidée en Dieu, car il a fait avec moi une alliance éternelle, et les enfants de Bélial ne prendrent pas racine.
Ils seront rejetés comme le buisson d'épine que la main ne touche pas, mais bien le fer ou la lance, et que le feu consume".

Dans un autre chant il avait déjà tracé le tableau de la gloire et de la puissance de son fils.
"Dieu ! Donne au roi ta clairvoyance, donne au fils du roi ta justice, afin que la paix règne sur les collines, afin qu'elle règne sur les montagnes.
Il jugera le pauvre selon l'équité, il sauvera l'enfant du malheureux, mais le calomniateur, il l'humiliera.
Tant que le soleil et la lune dureront, son nom vivra. Il dominera de la mer à la mer, et l'Ethiopien se prosternera devant lui, ses ennemis mordront la poussière.
Les rois de Tarsis et des îles lui offriront des présents, les rois de l'Arabie et de Saba lui apporteront leurs dons.
Les moissons lui donneront des monceaux de blé plus haut que le Liban, et ses villes fleuriront comme les prairies verdoyantes".

Quand David sentit venir la mort, en présence des anciens il bénit son peuple et pria pour lui. Puis il appela Salomon près de sa couche :
"Mon fils, voici que je m'en vais par le chemin où va toute chair; sois fort, sois homme. Marche dans les voies de l'Eternel, et observe ses lois qui sont écrites au livre de Moïse.» Ensuite il rappela les outrages dont Séméi l'avait accablé, les crimes impunis du sanguinaire et impérieux Joab, et il demanda qu'ils ne descendissent au tombeau que par une mort sanglante. Peu de temps après, il s'endormit avec ses pères, rassasié de jours, de richesses, et de gloire. Il avait régné sept ans à Hébron, trente-trois à Jérusalem, et il était âgé de soixante-dix ans lorsqu'il mourut. Il fut enterré à Jérusalem, qu'on appelle quelquefois la cité de David, et où l'on montrait encore son tombeau du temps de saint Jérôme.

David avait fait beaucoup pour donner à l'Etat juif une organisation en rapport avec son nouveau mode de gouvernement. Le vieux régime patriarcal des tribus avait été fort ébranlé par la création, au profit du pouvoir central, de fonctions administratives, judiciaires et militaires, par l'établissement d'une capitale, d'une garde royale et d'une armée permanente, dont un douzième (24000 hommes), était mis tous les mois sous les armes; enfin par l'étroite association du culte et du gouvernement. David, en effet, après avoir établi l'arche sainte sur la montagne de Moria, avait donné plus de pompe aux cérémonies. Poète et musicien, il avait fait de la poésie et de la musique l'âme du service divin. Quatre mille lévites divisés par lui en classes et en choeurs différents, chantaient les prières nationales, les cantiques d'Asaph, d'Héman, de Jédithum, des enfants de Coré, et surtout les psaumes composés par le roi lui même. D'autres accompagnaient ces chants sur les harpes. Cette intervention du roi, du chef politique et militaire, dans les cérémonies du culte, plaçait le grand prêtre dans une position subalterne. Le pouvoir sacerdotal s'abaissait devant l'autorité politique; cette infériorité ira désormais toujours croissant; c'est-à-dire que le gouvernement et l'Etat juifs se rapprocheront de plus en plus de la forme des autres monarchies asiatiques2.

1. Cela suppose une population d'au moins 5 millions d'âmes. Josèphe parle de 204 villes ou bourgades dans la seule Galilée; Dion affirme que sous Adrien (Hadrien) on détruisit dans la Palestine 985 bourgs. Durant le siège de Jérusalem par Titus, Jérusalem seule renfermait, suivant Tacite, 600000 âmes. Dans cette même guerre, 130000 Juifs périrent, au dire de Josèphe. Entourée de déserts, la Palestine était une véritable oasis, où s'accumulaient les populations. La loi et les moeurs y favorisaient plus que partout ailleurs l'accroissement de la population. Abimélech avait 70 frères, Abésan 60 enfants, Abdon 40 fils et 30 petit-fils; on pourrait multiplier ces exemples,

2. «Saül n'avait été qu'un général d'armée, agissant d'après les ordres du Seigneur, transmis par Samuel, et n'ayant point de cour, point de demeure fixe. La nation n'était encore qu'un peuple adonné à l'agriculture et au soin des troupeaux, sans richesse et sans luxe, mais qui devient insensiblement un peuple guerrier. Sous David, changement total de la nation et du gouvernement : établissement d'une résidence fixe à Jérusalem, qui est en même temps le siège du sanctuaire national : observation rigoureuse du culte de l'Eternel, comme culte national et exclusif : accroissement considérable de l'Etat par des conquêtes; établissement graduel du despotisme et d'un gouverneme de palais, dont les résultats politiques se font déjà sentir vers la fin du règne de David par les révoltes de ses propres fils.» Héeren, Manuel d'histoire ancienne.

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