Se connecter      Inscription      
 
  Le second royaume juif jusqu'à la mort d'Hérode (107-4) 

Aristobule (197); Alexandre Jannée (106-70)

Aristobule succéda à son père comme grand prêtre; l'autorité souveraine était ordinairement réunie à cette dignité; cependant Hyrcan en avait disposé en faveur de sa femme; mais Aristobule la fit enfermer dans une prison où elle mourut de faim. Dès qu'il vit son autorité affermie, il ceignit le diadème et prit le titre de roi, que n'avait osé porter, depuis le retour de la captivité, aucun de ceux qui avaient été chefs du peuple; du reste, il continua la politique de son père et favorisa les saducéens. Faussement abusé par les calomnies de sa femme, la rusée Salomé, Aristobule fit aussi mourir un de ses frères qui avait terminé pour lui une guerre longue et difficile contre les Ituréens. Les remords qu'il eut de ces deux crimes précipitèrent sa fin, et le conduisirent au tombeau après une année de règne (106).

Son frère Alexandre Jannée lui succèda; ce prince fut à peine monté sur le trône qu'il fit périr un de ses frères. Il attaqua ensuite Ptolémaïs, qui avait secoué le joug des Syriens. Ptolémée Lathyre, roi de Chypre, voulut la secourir. Vainement Alexandre s'unit à la reine d'Egypte Cléopâtre; vaincu sur les bords du Jourdain, il perdit trente mille hommes, et vit la Judée effroyablement dévastée. Mais Cléopâtre, craignant elle-même pour l'Egypte, lui envoya des - secours avec lesquels il pût rétablir ses affaires. Toutes les villes de l'ancien pays des Philistins tombèrent en son pouvoir, et Gaza fut emportée et détruite après une opiniâtre résistance (97).

Les pharisiens, ennemis de sa famille, avaient applaudi à ses revers; ils insultèrent à ses victoires. Alexandre, de retour à Jérusalem, fit massacrer six mille de ces sectaires par des soldats mercenaires levés dans les contrées montagneuses de l'Asie Mineure, et, après une expédition inutile contre un chef arabe, il en condamna huit cents encore à être mis en croix autour des murs de Jérusalem; l'on égorgea sous leurs yeux leurs femmes et leurs enfants, pendant qu'Alexandre donnait une fête sur la terrasse de son palais. La rébellion étouffée par ces supplices, il partit pour de nouvelles expéditions en Syrie, en Phénicie, en Arabie et en Idumée, où il remporta de grands avantages; mais, tandis qu'il assiégeait la ville forte de Ragaba, ou d'Argob, dans la tribu orientale de Manassé, il mourut des suites de son intempérance, après un règne de vingt-sept ans.

A son lit de mort (79) redoutant la puissance des pharisiens, il conseilla à sa femme Alexandra de s'appuyer sur eux. Elle leur laissa en effet ressaisir un pouvoir dont ils ne se servirent que pour exercer contre les saducéens de sanglantes représailles. Jérusalem fut inondée de sang.

Hyrean II (70). Prise de Jérusalem par Pompée

A la mort d'Alexandra (70), son fils aîné, Hyrcan II, déjà revêtu de la grande sacrificature et soutenu par les pharisiens, fut reconnu roi. Mais Aristobule II, son second fils, qui depuis longtemps avait des intelligences parmi les saducéens, prit les armes et dépouilla son frère du diadème. Guidé par les conseils d'Antipater, son ministre et son favori, Hyrcan II se retira auprès d'Arétas, roi des Arabes mabathéens, et revint avec lui assiéger Jérusalem. Aristobule, réduit aux dernières extrémités, eut alors recours aux Romains, et acheta par une grande somme d'argent l'intervention de Scaurus, lieutenant de Pompée. Arétas, attaqué dans ses propres Etats, leva le siège, laissant Aristobule maître à Jérusalem. Cependant Hyrcan II avait réussi à mettre Pompée dans ses intérêts; quand le général romain vint en Syrie, il fit comparaître Aristobule devant son tribunal; mais celui-ci, prévoyant que le jugement ne lui serait pas favorable, retourna dans la Judée pour se mettre en défense. Pompée l'y suivit, le retint prisonnier à la suite d'une entrevue et attaqua Jérusalem dont les partisans d'Hyrcan lui ouvrirent les portes; mais ceux d'Aristobule, réfugiés dans le temple, s'y défendirent durant trois mois. Le siège se fût sans doute prolongé plus longtemps, si Pompée n'avait profité des scrupules religieux des Juifs, qui ne combattaient pas le jour du sabbat (63). Il garda captifs Aristobule et son fils Antigone, et les emmena à Rome pour orner son triomphe. Hyrcan fut rétabli, mais sans prendre le titre de roi ni le diadème, et à condition de restituer à la Syrie les conquêtes des Maccabées, et de payer un tribut annuel. Si la Judée n'était pas réunie à la province de Syrie que Pompée venait de former, elle était du moins tombée dans cette condition de demi-servitude par laquelle Rome faisait passer les peuples qui n'avaient pas encore perdu tout amour du sol natal.

Au milieu de ses humiliations la Judée était encore tourmentée par des dissensions intestines. Aristobule et Antigone, son fils, revinrent disputer la couronne à Hyrcan II, ou plutôt à son ministre Antipater. Heureusement Gabinius1, gouverneur romain de la Syrie, s'empara des rebelles et les fit partir pour Rome une seconde fois. Pompée avait par sa présence profané le sanctuaire où le grand pontife pouvait seul pénétrer une fois l'an, mais du moins il n'avait pas touché aux trésors sacrés. Crassus, traversant la Palestine avant d'aller soumettre les Parthes, entra dans Jérusalem, et ne respecta ni le sanctuaire ni les richesses du temple. La Judée était décidément traitée en pays conquis. Peu de temps après, la guerre civile ayant éclaté entre Pompée et César, celui-ci renvoya Aristobule en Judée avec deux légions pour faire déclarer le pays en sa faveur; mais avant qu'il fût arrivé, des partisans de Pompée l'avaient empoisonné avec un de ses fils nommé Alexandre.

Antipater, ministre d'Hyrcan II, n'avait voulu, en s'attachant à Pompée, que servir ses propres intérêts; aussi ne tarda-t-il pas à entrer dans le parti de César. Quand ce général était enfermé dans Alexandrie par tout le peuple soulevé, Antipater leva pour lui une armée qui aida à le délivrer. A cet important service, il en ajouta d'autres encore, et obtint en récompense le titre de procurateur de la Judée, sous les ordres d'Hyrcan. Celui-ci n'exerçait véritablement que la grande sacrificature; l'ambitieux Antipater gardait toute l'autorité et la partageait avec ses fils Phasaël et Hérode.

1. Gabinius divisa la Judée en cinq parties et y établit autant de sièges pour rendre la justice, à Jérusalem, Gadara, Ematb, Jéricho et Séphoris.

Hérode (39-41)

Retour des Juifs
Hérode

Hérode, gouverneur de la Galilée, suivait fidèlement la politique de son père. Il aspirait non pas seulement à lui succéder, mais à monter sur le trône d'Hyrcan. Comme son père, il se fit tour à tour le partisan de ceux qui, à Rome, avaient le pouvoir de César quand il était dictateur, de Cassius quand il le crut maître de la république, et d'Antoine après la bataille de Philippes.

Cependant Antigone, fils d'Aristobule, continuait à disputer à son oncle le trône de Judée : chassé de la Galilée par Hérode, il se réfugia chez les Parthes, et vint avec leur roi Pacorus s'emparer de Jérusalem. Hyrcan et Phasaël furent faits prisonniers. Phasaël, chargé de chaînes, se brisa la tête contre les murs de sa prison. Antigone fit couper les oreilles à Hyrcan pour que désormais il fût indigne, selon la loi des Juifs, d'exercer la sacrificature, et il se mit à sa place. Mais Hérode, réfugié d'abord en Egypte, venait de se rendre à Rome pour implorer l'appui d'Antoine. Il sut y cacher son ambition, et ne demanda les secours des Romains que pour le jeune Aristobule, frère de Mariamne et petit-fils d'Aristobule et d'Hyrcan; sans doute qu'en secret il avait expliqué ses intentions à son puissant protecteur; car Antoine le fit déclarer par le sénat roi de Judée, et lui fournit des troupes pour chasser à la fois Antigone et les Parthes (39 ans av. J. C.). Pendant qu'il pressait vivement le siège de Jérusalem, Hérode épousa Mariamne, fille d'Hyrcan II, afin de légitimer par cette alliance ses droits au trône. Au bout de quarante jours, Jérusalem tomba au pouvoir des assiégeants; tous les ennemis d'Hérode périrent égorgés; la ville fut saccagée, le temple dévasté, et le nouveau règne commença au milieu de la désolation de la capitale et du royaume. Quant à Antigone, il avait été fait prisonnier et envoyé à Antoine, qui ordonna sa mort. C'était le dernier rejeton de l'illustre famille des Maccabées qui, pendant cent vingt ans, avaient tour à tour affranchi leur patrie, gouverné avec gloire et provoqué les luttes intestines au milieu desquelles ils succombèrent.

Hérode, de lignée étrangère1, ne pouvait, aux termes de la loi mosaïque, être roi des Juifs. Aussi rencontra-t-il, surtout dans les pharisiens, partisans zélés des anciennes coutumes, une opposition qu'il voulut étouffer par des supplices, et qu'il brava impunément en cherchant son appui au dehors, dans l'amitié des Romains. Jamais prince d'un petit peuple ne répandit tant de sang. Quelque temps après être monté sur le trône, il fit égorger tous les membres du Synédrium et noyer dans le Jourdain son beau-frère Aristobule, qu'il avait nommé grand prêtre, sous le prétexte qu'il conservait des partisans. Hyrcan entretenait des intelligences avec le roi des Arabes : ce fut pour Hérode une occasion de le condamner à mourir, sans respect pour son grand âge et pour son ancienne dignité.

Cependant Octave, vainqueur d'Antoine à Actium, était seul maître dans l'empire. Fidèle à sa politique, Hérode s'empressa de lui faire hommage de sa couronne; loin de s'excuser de la fidélité qu'il avait montrée pour Antoine, il s'en fit un titre à la bienveillance d'Octave, en lui montrant quel serait son dévouement pour un nouveau bienfaiteur. Octave le comprit et lui confirma la possession de la Judée, à laquelle il réunit même plusieurs villes qui en avaient été démembrées. A peine de retour dans ses Etats, Hérode signala encore sa cruauté par d'horribles tragédies domestiques et par des massacres publics : Salomé, sa soeur, parvint à lui inspirer des soupçons contre Mariamne, son épouse; et celle-ci fut décapitée (28 ans av. J. C.). Quelque temps après, Alexandra, sa belle-mère, fut condamnée à mort sous le vain prétexte qu'elle avait tenté d'exciter une sédition. Des jeux célébrés en l'honneur d'Auguste, et contraires à la loi des Juifs, avaient soulevé l'indignation du peuple. Les plaintes et les murmures furent étouffés par de nouvelles exécutions. Hérode, toujours en proie aux soupçons, accusa de complots Aristobule et Alexandre, les deux fils qu'il avait eus de Mariamne, et les fit étrangler. Cinq jours avant sa mort, il ordonna encore le supplice d'Antipater, un de ses fils.

Ce monarque cruel fut cependant appelé grand. Le peuple, sauvé par ses libéralités des horreurs de la famine (25 av. J. C.), lui avait sans doute décerné ce titre. La postérité, moins frappée de ses fureurs que de sa magnificence, le lui a conservé. Il avait, en effet, couvert la Judée de constructions, rebâti et fortifié Samarie, à laquelle il donna le nom de Sébaste, c'est-à-dire d'Auguste. Sur la côte, il construisit une ville qu'en l'honneur de l'empereur il nomma Césarée, et dont le port eut une enceinte en marbre blanc. Un théâtre, un cirque et un temple, dédiés à Auguste dans la nouvelle cité, choquèrent les yeux des Juifs fidèles; même à Jérusalem, il bâtit un théâtre et hors des murs un amphithéâtre. Ce fut moins pour regagner leur confiance que par orgueil et ostentation, qu'il entreprit la reconstruction du temple; mais le plan était si vaste qu'il ne put le voir achever. Ce temple est celui qui fut détruit par Titus soixante-quatorze ans après sa fondation.

Associé à la politique et imbu des moeurs de Rome, Hérode n'était plus un prince juif. Il pensionnait des poètes à Rome, il distribuait des prix aux jeux d'Olympie, il adorait la divinité des fondateurs de l'empire; et en même temps il effaçait l'une après l'autre toutes les institutions chères à son peuple; le souverain pontificat et le Synédrium étaient avilis, les lois nationales étaient méprisées et la terreur planait sur toutes les têtes fidèles à l'ancien culte.

1. Cette opinion est controversée. Hérode soutenait partout qu'il était Juif; Nicolas de Damas, Strabon et les Romains le croyaient, mais l'autorité de Josèphe doit l'emporter,

Page précédente                                                                 haut de page                                                                                Page suivante